Épisode 291

(Un autre dimanche bourgeois en compagnie de Pierre et de Troy au chic café Moca Loca de Hull.)

Troy — J’ai enfin trouvé ce que je vais porter pour le mariage de Rox et Brigitte. Wanna see?

Moi — Mets-en que je ouah n’assis !

Troy — (Tapote sur son téléphone.) Found it on this webite… there. Isn’t lovely?

Moi — Maille gode! Tu vas faire tourner les têtes et voler le show aux mariées!

Troy — Tu penses vraiment qu’on peut voler le show à Rox? I sincerely doubt it.

Moi — Tu voles le show continuellement par ta simple présence angélique, Troy.

Troy — Oh you… will you ever stop?

Moi — (Attendrie.) Je ne crois pas non.

Pierre — (Arrivant sur les entrefaites.) Troy, je te présente Vincent. Tu sais, je t’en ai souvent parlé…

Troy — (En lui serrant la main.) Le fameux Vincent! So glad to meet you!

Vincent — Pierre m’a aussi beaucoup parlé de toi et je constate qu’il n’exagérait pas du tout.

Troy — (Rougissant.) God! Vous vous êtes tous donné le mot, aujourd’hui?

Pierre — Ha ha ha ha ! Et Anne, je te présente Vincent, un bon ami à moi. Il est écrivain.

Moi — Enchantée de faire ta connaissance.

Vincent — (Il me fait la bise.) Moi de même. Pierre m’a dit que tu es poète comme lui…

Moi — Non, je ne suis pas poète, même si j’ai commis quelques mauvaises poésies qui méritent à peine d’être publiées sur un blog. Mon talent se résume à écrire des maximes et des sentences plus ou moins habiles. Je dirais plutôt que je suis aphoriste.

Vincent — Intéressant! C’est un art qui se meurt…

Moi — Vous me flattez! Je ne peux pas m’en attribuer tout le mérite, quand même.

Tous — HA HA HA HA !

Troy — Quit your nonsense and tell us what you are up to these days.

Moi — Je suis surtout occupée à réviser le manuscrit de mon prochain bouquin. Il est revenu de l’éditrice avec beaucoup de commentaires, alors j’ai du pain sur la planche.

Pierre — Rien de trop majeur, quand même?

Moi — Non. Comme je m’y attendais, c’est la section « fantasmes » qui accroche. Alors au lieu de modifier ceux qui ne leur plaisent pas, je les remplace par d’autres. Ce n’est pas comme si je manquais de matériel, han.

Troy — Tu n’avais pas dit que tu avais un projet de bande-dessinée en route?

Pierre — Et une réécriture d’Angéline de Montbrun?

Vincent — Hum… Pas mal, pour une aphoriste!

Moi — Tout ça est en suspens pendant que je termine Perdre Haleine. Sans compter qu’il y a le mariage qui s’en vient et la grossesse de Blondine… et mon travail d’assistante de Maîtresse SD… disons que j’ai à peine le temps de respirer.

Pierre — Tu es la militante anti-travail la plus occupée que je connaisse.

Moi — Pffff. Yeah, right. Mais assez parlé de moi. Vincent, tu es écrivain… sur quoi travailles-tu en ce moment?

Vincent — De la poésie, surtout.

Pierre — Lis-lu ton ode à Roy Dupuis!

Moi — LE Roy Dupuis? Celui des Filles de Calèche ?

Vincent — Ha ha ha! Non, mais une bonne approximation.

Troy — Who’s that Roy guy?

Pierre — Un acteur québécois; je te montrerai des vidéos. Mais avant, tu nous fais la lecture, Vincent?

Vincent — Avec plaisir. Ça s’intitule « 487 Lewis Street »

À genoux devant moi, sa langue enroulée autour de mon gland
Dans une cabine tachée de sperme de la rue Lewis
Je murmure à son oreille: « Tu ressembles à Roy Dupuis »

Ça le fait rire le temps de glisser sa main sur mon ventre
Mais j’y pense encore lorsqu’il me tend le flacon de poppers
D’une façon qui me semble toute roydupuisienne

Dans la pénombre d’une une cabine tachée de sperme
Je le vois inhaler comme seul Roy Dupuis saurait le faire
Regard ténébreux et gueule rugueuse d’ange déchu

Sa queue lourde et dure comme le courroux divin
Dans une cabine enfoutrée de la rue Lewis
Je sens sa langue de Roy Dupuis glisser vers mon scrotum

Alors je me débarrasse de mon jeans usé et décoloré
Car il fait obstacle dans cette cabine de la rue Lewis
À ces lèvres qui ressemblent tant à celles de Roy Dupuis

Coulant, salivant, roucoulant il m’a pompé tant et si bien
Que je me suis répandu en ornant de filets de foutre
Sa barbe drue et rêche de quasi Roy Dupuis

Me voilà donc pourceau fleurant le nitrite d’amyle
Une main tripotant ma bite gluante et les jeans chiffonnés
Sur le plancher maculé de foutre d’une cabine de la rue Lewis

Repus en compagnie d’un sosie bandé de Roy Dupuis
Cock ring fioles vides et sperme séché sur la peau
Sur la rue Lewis je crois bien que je vais revenir demain

Moi — Wow! C’est excellent!

Pierre — 487 Lewis, c’est le Steamworks, non? Le sauna gay?

Vincent — C’était le Steamworks. Maintenant, c’est un parking.

Pierre — (Soupire.) Les temps changent. C’est triste.

Moi — Les bulldozers séparent ceux qui s’aiment. Tout doucement, sans faire de bruit.

Pierre — Et les lingettes humides effacent les traces des amants désunis.

Vincent — (S’étouffe dans son café.) Ha ha ha ha! Vous êtes trop drôles!

Troy — (Soupire.) Why am I always the only one that is not in on the joke? Fucking writers.

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