Où Roxane nous explique la recette des sandwichs de Bianca.
Roxane — (finit de boire son Red Bull.) Baon ! C’est quelle switch qui fonctionne pas ?
Moi — (Pointe le mur en face.) Celle avec le gradateur. Ça ne fait tout simplement rien.
Roxane — Je te l’ai déjà dit que ton appart’, c’est un fucking taudis?
Elle — Elle le sait, Roxy-Poupou ! C’est pour ça qu’elle a tant besoin de nous !
Moi — Merci encore d’être venue. Mon propriétaire n’est bon qu’à une seule chose : me rappeler que je dois payer son loyer.
Roxane — On repartira pas là-dessus, toune. Pour ce qui est de ton dimmer, c’est probablement réglé sur un interrupteur à trois voies . Pour que les deux interrupteurs fonctionnent bien, faut que la taille de l’interrupteur dépasse la puissance maximale du luminaire. Possible que ça seille ça le problème.
Elle — Penses-tu pouvoir régler ça, ma mouette en caramel ?
Roxane — Ouain. J’en ai apporté de spare. M’a t’arranger ça dret là.
Moi — Yé ! Tu me sauves encore la vie, Rox !
Roxane — Tu va finir pas m’aimer, si je continue de même !
Elle — Voyons donc, ma loutre en loukoum, Anne t’aime depuis toujours.
Moi — (Diplomatiquement.) On pourrait dire ça, en effet.
Roxane — Hennéoué, je pense ben que j’ai été détrônée comme métamour qui gosse le plus toute le monde. T’as rencontré Bianca, toé, han ?
Moi — Oh oui. L’expérience fut… marquante.
Elle — Elle est directe, n’est-ce pas ?
Moi — Je n’ai jamais rencontré personne avec si peu de filtre. Même toi, Rox, qui n’hésite jamais à exprimer des opinions qui ne font aucun sens, tu es plus diplomate dans tes relation interpersonnelles.
Roxane — Chais pas pourquoi tout le monde s’imagine que je sais pas vivre tabarnak !
Moi — À la différence de Roxane, Bianca a une façon de s’exprimer désarmante. Je ne m’attendais pas à ça, même si j’avais été avertie.
Elle — Je sais ! J’ai toujours l’impression qu’elle est amicale et c’est souvent après coup que je me rend compte qu’elle m’a critiquée injustement.
Roxane — Moi, je l’ai sizée en estie, sa fucking recette. Je peux vous la donner : p’tit ton mielleux, complimardes et shit sandwichs
Moi — Le ton mielleux, ça, je l’ai constaté, mais le reste ?
Roxane — D’abord, a va toujours te faire un compliment qui en est pas un pantoute. Tu sais ce qu’a m’a dit la première fois que je l’ai vue ? A m’a dit « je trouve ça admirable les femmes qui rejettent toutes les exigences de beauté de la société ». Ben ça, ça voulait dire qu’elle me trouvait laide en querisse !
Moi — On peut en effet interpréter ça de cette façon.
Elle — J’étais là et je ne suis pas certaine que c’était ce qu’elle voulait dire.
Roxane — Ossetie ! C’est de même pour toute c’qu’à dit ! On sait jamais si à nous flatte ou si à nous querisse son poing dans not’ face ! À m’a traité de dyadique pis je toujours pas ce que ça veut dire !
Moi — Ça veut dire que tu n’es pas intersexe, tout simplement.
Roxane — Comment je peux savoir, moé, que c’est pas une insulte, avec toute ce qu’à me dit ?
Moi — Tu as raison. Moi-même, j’en perdais mon latin.
Elle — On ne sait pas sur quel pied danser avec elle.
Roxane — Côlisse, elle ne danse pas, elle te sert de la marde en te faisant croire que c’est du poudding.
Moi — C’est pour ça que tu parles de shit sandwichs…
Roxane — Ouain. Tu sais comme moi c’que c’est. Une ossetie de vacherie servie entre deux tranches de compliments que t’es même pas sûre que c’est des compliments finalement. Tu veux-tu un exemple ?
Moi — Oui, bien sûr.
Roxane — A m’a dit que j’avais l’air de quelqu’un qui a réussi dans la vie. Après, elle m’a shooté que les winners dans notre société, c’était pas le monde le plus bright et elle a finit en me disant qu’elle était contente de voir que j’étais en couple avec quelqu’un d’éduqué pour prendre soin de moé.
Elle — (Sur un ton triste.) Ma coccinelle en sucre, je ne crois pas qu’elle voulait vraiment insulter ton intelligence.
Roxane — Ah ouain? Ben c’est pas comme ça que j’ai fini par le prendre. Sur le coup, j’étais trop flabergastée pour répondre, mais une fois dans mon pickup… Ossetie que j’étais en tabarnak !
Moi — Dit comme ça, sans son air angélique et son ton de voix lénifiant, j’admets que ça fesse.
Roxane — Pis je sais ce que ça veut dire, lénifiant ! Je suis pas une conne, bout de viarge !
Moi — Ça ne vaut pas dire «qui agit comme Lénine», han.
Roxane — (Hausse les épaules.) Je checkerai sur mon phone plus tard.
Elle — (Sur le même ton triste.) Je sais qu’on n’a pas à devenir amies avec toutes nos métamours, mais j’ai peur que Bianca cause des tensions dans notre polycule.
Roxane — Si a causait pas des tensions dans les culottes de ton chum, on en serait pas là. HA HA HA HA HA !
Moi — Ah la la. On n’a pas le choix dans l’immédiat d’apprendre à la connaître
Roxane — HA HA HA HA HA HA HA !
Elle — On pourrait en parler à poussin nigaud…
Roxane — HA HA HA HA HA HA HA !
Moi — C’est sûr qu’il faudra le faire.
Roxane — HA HA HA HA HA HA HA !
Moi — Ok Rox, on a compris. C’était très comique.
Roxane — Côlisse que t’as pas d’humour. Je me demande pourquoi j’t’aime autant, toé.
Moi — C’est parce que je te donne plein d’occasions de pratiquer tes talents de bricolage.