Où l’on fait face au bouc, mais pas sur sur Facebook
(Dans un bistro de l’arrondissement Saint-Laurent, à Montréal.)
Simone — (Lève son verre.) Je voudrais porter un toast à la meilleure guitariste et au meilleur pianiste de jazz depuis John Coltrane !
Moi — Cheers !
Lou — (Lève les yeux au ciel.) John Coltrane était saxophoniste, momz.
Moi — Meh. Un saxophone, c’est comme une guitare dans la quelle on souffle.
Simone — Et qui ramasse de la bave !
Gabriel — Ha ha ha ha !
Nicole — (À Gabriel.) Est-ce que tu es sur Facebook, mon cœur ? J’aimerais t’ajouter parmi mes amis !
Gabriel — (Triste.) Non, désolé.
Simone — Ha ! Qui est encore sur Facebook de nos jours ?
Moi — Pas mal tout le Québec, sauf Lou, Gabriel et toi.
Lou — (Sourit malicieusement.) Facebook, c’est un truc de vieux. Ils vont là pour se faire scammer par L’IA et se faire radicaliser pour devenir encore plus racistes et transphobes qu’ils ne le sont déjà.
Moi — Je suis d’accord, ça résume pas mal l’expérience actuelle sur la plateforme. En ce qui me concerne, j’y reste parce que, de toute évidence, le supposé Québec est le seul endroit au monde où les gens persistent à rester en masse sur Facebook. J’attends le moment où tous mes contacts décideront de partir d’ici depuis 2008 et on dirait qu’il n’y a que les Kebs qui s’acharnent – même s’iels sont âgé·es de moins de 65 ans.
Simone — Qu’est-ce que ça peut faire que tu y sois ou non ?
Moi — J’ai des livres à vendre et pour l’instant, c’est le moyen le plus efficace et communiquer avec mon lectorat.
Simone — C’est pour la pub, finalement. Tu es querissement plus mercantile qu’à l’époque où nous étions ensemble!
Moi — (Hausse les épaules.) Je m’adapte à ce monde pourri, faut croire.
Nicole — (À Gabriel.) Parlant de Facebook, aimerais-tu entendre une anecdote sur l’enfance d’une de tes belles-mères !
Lou — (Enthousiaste.) Ah oui ! On veut entendre ça certain !
Moi — (Inquiète.) Je pense que je sais où tu veux en venir.
Nicole — (Ne portant aucune attention aux récriminations de sa fille.) Comme tu le sais, Anne a passé la majeure partie de son enfance avec moi, à la campagne. Dans une des communes où nous habitions, on faisait l’élevage de chèvres pour produire du fromage. Anne devait avoir une dizaine d’années…
Moi — J’ai toujours détesté le fromage de chèvre, le lait de chèvre et tout ce qui est lié de près ou de loin à cet animal.
Gabriel – Pourquoi donc?
Moi — Les chèvres ont un cri atroces et mangent n’importe quoi. Vraiment, n’importe quoi. Une chèvre m’a déjà volé ma tuque et n’en a fait qu’une bouchée !
Nicole — Tu en avais une peur bleue. Je me rappelle qu’une fois, tu t’étais réfugiée dans une voiture parce que l’une d’elles s’était trop approchée de toi et tu pleurais parce qu’elle avait grimpé sur le capot.
Lou — Qu’est-ce que tout ça a à voir avec Facebook?
Nicole — Le face à face de bouc ! Il y avait une butte au bout de champ sur le terrain de la commune. Anne y était montée pour jouer à je ne sais quoi…
Moi — Je voulais regarder les nuages de plus près.
Nicole — Ah oui ! Elle regardait donc les nuages et ne vit pas le bouc qui était venu la rejoindre.
Moi — J’ai eu la peu de ma vie.
Nicole — L’animal s’est mis à charger et jamais enfant n’a roulé aussi vite en bas d’une butte.
Moi — Il a fallu que ton chum de l’époque — je ne me souviens plus de son nom – vienne maîtriser le bouc et me sauver.
Nicole — Il s’appelait Réjean. Le soir même, il a abattu le bouc, a fait boucherie et le lendemain, il nous l’a servi rôti à la broche
Moi — (Grimace.) Pas surprenant que je sois devenue vegan.
Lou — (Rit.) Faire bouffer de la bouffe dégeu à sa fille, c’est décidément une tradition familiale.
Gabriel — (À Lou.) Qu’est-ce que ta mère te servait de si mauvais?
Moi — (Pendant que Simone dit non en hochant la tête.) Viens me visiter à Gatineau et je te le ferai découvrir !
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