Où l’on démontre qu’un problème ne peut pas se régler d’un seul coup de baguette
(Un après-midi de travail comme les autres au donjon de Maîtresse S.D. et de Maîtresse Atrabile.)
Le client — (Visiblement aussi nerveux qu’excité.) Et… comment on commence?
Moi — On commence tout de suite en s’adressant à moi en disant «Maîtresse Atrabile» quand tu t’adresses à moi.
Le client — (Rougit.) D’accord, Maîtresse Atrabile. Je suis désolé, Maîtresse Atrabile.
Moi — Maintenant, va à la douche, lave-toi avec soin, car tu seras soumis à l’inspection. Je veux surtout que tu te serves de la douchette munie d’une canule pour te faire un bon lavement. Il y a du savon et des serviettes, vas-y immédiatement.
Le client — Oui, Maîtresse Atrabile. Tout de suite, Maîtresse Atrabile. (Il se dirige vers la douche.)
larbin — Qu’est-ce qu’il y a au menu pour ce client, Maîtresse Atrabile?
Moi — Pendant son entrevue préliminaire, il m’a dit qu’il était adepte d’humiliation verbale et de sexe anal. Il vaut essayer la dilatation, alors c’est ce que nous allons faire.
larbin — Dois-je aller chercher le godemiché gonflable ?
Moi — Non, apporte-moi plutôt la boîte de baguettes chinoises en plastique, des gants en nitrile et le lubrifiant à base de silicone.
larbin — Je sens que cette séance sera pour moi une occasion d’apprentissage. (Il part chercher le matériel dans l’armoire.)
Moi — Nous allons l’installer sur la table d’examen. Peux-tu vérifier l’état des sangles?
larbin — Tout de suite, Maîtresse.
(Larbin et la licorne n’attendent pas longtemps avant que ne revienne le client, nu et propre comme un sou neuf.)
Moi — (au client.) Alors comme ça, ver de terre, tu veux te faire éclater le cul?
Le client — Oui, Maîtresse.
Moi — Tu ne mérites même pas que je te touche, espèce de larve! (La licorne enfile ses gants.) Allez, grimpe sur la table et pas de chichis!
Le client — Oui, Maîtresse.
Pendant que larbin attache les chevilles du client aux étriers et ses poignets aux pattes de la table, la licorne met une portion généreuse de lubrifiant dans sa main.)
Moi — Voici ce que je vais te faire, petite raclure de bidet. Je vais commencer par te lubrifier le cul, juste pour voir si tu as encore enfoncé des trucs là dedans pendant que j’avais le dos tourné. (Le client soupire pendant que la licorne lui met un doigt, plus deux, puis trois.) Maintenant, tu vois la boîte que tient mon assistant? Je vais te mettre toutes ces baguettes dans le fion, une après l’autre, jusqu’à ce que ton cul éclate. Ça va te guérir de ta sale manie sodomique, vermine. Et gare à toi si tu rechignes!

(Une cinquantaine de minutes plus tard, larbin est dans la pièce arrière du donjon, qui tient lieu de cuisinette, de bureau et d’entrepôt. Il est à l’évier et nettoie les baguettes chinoises avant de les placer dans l’autoclave. Des bruits de talons se font entendre: c’est la licorne qui revient du donjon.)
Moi — (À larbin.) J’ai vraiment envie d’un thé. Tu en veux ?
larbin — Je fais bouillir l’eau dès que j’ai terminé avec les baguettes, Maîtresse.
Moi — Ça va aller plus vite si je le prépare moi-même, han.
larbin — Ce n’est pas dans mes habitudes de me faire servir, Maîtresse.
Moi — (En lui faisant un clin d’œil.) Prends ça comme une punition, alors. Earl Grey?
larbin — Si cela plaît à Maîtresse.
Moi — Coming right up !
larbin — Puis-je me permettre de vous demander comment l’after care s’est passé? Est-ce que le client a été satisfait de nos services?
Moi — Je dirais qu’il est enchanté de sa séance. Mis a part qu’il m’a trouvé un peu réservée quant à l’humiliation verbale, je crois bien qu’il va revenir.
larbin — Le nombre de baguettes qu’il a été capable de prendre… c’était très impressionnant. Je ne connaissait pas cette pratique; c’était très excitant.
Moi — C’est quelque chose que j’ai appris de Maîtresse S.D. à l’époque où j’étais son assistante. C’est très apprécié de notre clientèle et ce n’est pas rare qu’on nous en demande une autre portion.
larbin — C’est fou, le nombre de nos clients qui réclament de l’anal play.
Moi — Tu sais ce que dit Maîtresse S.D. au sujet du Québec ?
larbin — Quoi donc ?
Moi — Elle dit que c’est «une province de bottoms».
larbin — Oh la-la… mais n’est-ce pas une généralisation excessive, Maîtresse?
Moi — Sûrement. Reste que l’idée que les hommes Kebs soient autant confortables avec leur plaisir anal est probablement ma seule source de fierté nationale. Vive le Québec analement libre!
larbin — Ha ha ha ! Excellente blague, Maîtresse.
Moi — Tu sais, Nicolas, tu n’as pas à aimer mes jokes gnéseuses. Ça ne fait pas partie de tes devoirs de soumis.
larbin — larbin, Maîtresse, larbin.
Moi — Oui oui, larbin. Désolée, je m’échappe encore.
larbin — J’apprécie beaucoup votre sens de l’humour, Maîtresse, inutile de vous dévaloriser.
Moi — (S’essuie comiquement le front du revers de la main.) Fiou !
larbin — Ce n’est pas très sexy quand vous le faites, en plus.
Moi — Aie. C’est vrai que c’est un de mes travers.
larbin — (Rougissant.) Ce qui l’est, par contre – et j’ai terriblement honte de l’avouer – est cette pratique anale que vous avez fait subir à notre client. Au point où je me demande si j’arriverai à avoir l’audace de vous… je veux dire, d’oser vous demander…
(La licorne regarde son assistant avec attendrissement.)
Moi — Tu me permets de faire des bénéfices de marginale, alors je te dois bien cet avantage d’asocial.
< Épisode précédent |Épisode suivant >