Épisode 293

Elle — (Pleure.) Bouh hou hoooooooou!

Moi — Mais pourquoi dis-tu soudainement que tu ne veux plus te marier?

Blondine — C’est quelque chose que Roxane a fait?

Elle — Snifff! Oui, mais ce n’est pas sa faute à elle! Snifff!

Blondine — Ok…

Moi — Elle a encore critiqué le menu qu’on a choisi, c’est ça?

Elle — Non! Elle a envoyé des invitations à mes parents et à mon frère!

Moi — Ah shit.

Blondine — Tu ne veux pas que tes parents viennent à ton mariage?

Moi — (À Blondine.) C’est une histoire compliquée.

Elle — Je ne voulais pas qu’ils sachent que je me marie! Et je l’ai dit à Rox, mais elle ne voulait pas comprendre! (Pleure.) Bouh hou hoooooooou!

Moi — (Je la prends dans mes bras.) Allons, allons… Si ça se trouve, ils ne viendront même pas.

Elle — Je me sens comme une marde ! Bouh hou hoooooooou!

Moi — Ce sont eux les mardes, pas toi.

Blondine — Tu n’as pas une bonne relation avec eux, c’est ça ?

Moi — (À Blondine.) Je t’expliquerai.

Elle — Snifff! En plus, on a demandé à la mère de Rox d’être la célébrante du mariage. Snifff!

Moi — Ah?

Elle — Oui. Et quand je l’ai rencontrée, elle m’a demandé pourquoi je ne croyais pas en Jésus… et je me suis mise à pleurer comme une querisse de folle! Bouh hou hoooooooou!

Moi — (Je caresse délicatement son front.) Ça va aller, ça va aller…

* * *

(Une heure plus tard, Elle s’est endormie sur le canapé. Je suis dans la cuisine avec Blondine et nous regardons le soleil se lever.)

Blondine — Tu m’expliques c’est quoi le deal avec les parents de Brigitte?

Moi — Je ne connais pas tous les détails, alors je vais te dire ce que j’en sais. En gros, sa famille l’a reniée et elle n’a que des contacts à sens unique avec eux depuis presque trente ans.

Blondine — À sens unique?

Moi — Elle leur envoie des cartes à Noël et à leur anniversaire chaque année.

Blondine — Et le truc avec Jésus?

Moi — Le père de Brigitte est un chrétien évangéliste – baptiste, pour être plus précis. Elle a été élevée très strictement, dans la foi et la paranoïa morale, sous l’œil impitoyable et pas pantoute miséricordieux du Seigneur.

Blondine — Oh. Et lorsqu’elle a fait son coming out…

Moi — Ils ne savent même pas qu’elle est lesbienne.

Blondine — Qu’est-ce qu’elle a donc fait pour se faire renier?

Moi — Rien d’autre qu’être elle-même. Semble-t-il que Jésus n’aime pas les jeunes filles un peu trop expansives, intelligentes, curieuses de tout et indépendantes.

Blondine — Shit.

Moi — Elle l’a appris à la dure. Son paternel à la con croyait ferment à la vertu des châtiments physiques pour discipliner les femmes au caractère un peu fort. Elle m’a raconté qu’elle a vu sa mère se faire battre pendant toute son enfance, avant que ce ne soit elle qui y passe. Elle ne te les montrera probablement jamais, mais elle en porte encore les marques. Des cicatrices en forme de boucle de ceinture et de brûlures de cigarettes.

Blondine — (Sous le choc.) Fuck. Elle est pourtant toujours si joviale…

Moi — C’est la force des mécanismes de protection humains, faut croire. Toujours est-il qu’un jour, elle a été battue une fois de trop. Elle a ramassé ses choses en catastrophe et a fui sur le pousse chez une tante à Montréal. Je crois qu’elle n’avait que quinze ans… c’est chez elle qu’Elle a habité jusqu’à l’âge adulte. Depuis, c’est silence radio avec ses parents et son frère.

Blondine — Mais pourquoi donc Roxane est allée leur envoyer une invitation? Ça me semble incroyablement insensible – même venant d’elle.

Moi — Tu ne connais pas Rox aussi bien que moi, elle est capable de tout quand elle est en querisse. Mais bon… d’un autre côté, peut-être que Roxane n’avait pas tous les détails. Brigitte est très réticente à raconter son enfance; il m’a fallu des années pour glaner auprès d’Elle les quelques bribes que je connais.

Blondine — Quelle histoire… pauvre Elle.

Moi — Tu comprends donc qu’Elle a quelques problèmes avec Jésus.

Blondine —On en aurait à moins. (Bâille.) Je vais aller m’étendre un peu. Tu viens avec moi?

Moi — Je te rejoins dans quelques minutes, mon amour.

(Je me rends dans le salon et m’assois par terre, à côté du sofa ou Elle dort. Je pose ma main contre son cœur et l’embrasse tendrement sur la joue.)

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