Où Lui s’en veut d’être aussi clueless.


(Le téléphone ne sonne qu’un seul coup avant que Lui ne réponde.)
Lui — (Tristement.) Allo chérie.
Moi — Allo mon cœur. Comment te sens tu dans tout ça?
Lui — C’est la confusion la plus totale. C’est la première fois depuis que je suis poly qu’il y a un conflit entre deux de mes amoureuses. Je me sens… pris au dépourvu.
Moi — Si Elle n’avait pas été directement impliquée… je t’aurais dit d’aller demander des conseils à notre blonde. Elle a dû naviguer dans la tempête quand Rox et moi étions à couteaux tirés.
Lui — (Soupire.) Quelle situation inextricable. Je ne sais pas quoi faire… je ne peux pas prendre parti pour une ou pour l’autre, ce sont mes amoureuses au même titre et je les aime de façon égale.
Moi — Laisse tomber la poussière pour ce soir et appelle Brigitte demain à la première heure. Vous allez sûrement pouvoir vous expliquer.
Lui — (Soupire encore.) Comment je pourrais expliquer quand je ne comprends pas ce qui se passe?
Moi — Écouter ce qu’Elle a à dire serait un bon point de départ. Bianca t’a probablement déjà donné son interprétation de ce qui s’est passé.
Lui — Oh, elle l’a fait, c’est certain. Bianca m’a dit que Roxane l’avait attaquée sans raison, qu’elle est violente dans ses paroles et qu’elle a peur qu’elle soit physiquement violente, aussi.
Moi — «Sans raison» ? C’est vraiment ce qu’elle a dit ?
Lui — Oui.
Moi — Ne trouves-tu pas que le fait que Brigitte ait eu de la peine à cause des paroles blessantes de Bianca explique un peu la réaction de Rox? C’était sûrement une réaction exagérée de sa part, mais tsé… Roxane n’est pas connue pour sa diplomatie et son sens de la mesure…
Lui — (Soupire encore et encore.) Quand j’y repense, je vois bien que les paroles de Bianca ont pu être blessantes…
Moi — … surtout quand on sait que Brigitte subit constamment de la grossophobie…
Lui — Oui, bien sûr. Sauf que sur le coup… ben je n’ai rien décelé de déplacé dans ses propos. Je m’en veux d’être aussi clueless.
Moi — C’est la façon dont Bianca s’exprime qui fait que nous sommes souvent prises par surprise et que nous laissons passer des choses que nous ne tolérerions pas dans un autre contexte.
Lui — Je sais… Elle n’est pas comme ça juste avec vous; elle l’est aussi avec moi.
Moi — Tu peux donc comprendre comment Brigitte se sent. Et pourquoi Roxane a réagi de la sorte.
Lui — Peut-être un peu, avec le recul. Mais pas au moment où ça importait.
(Silence.)
Moi — Je peux te poser une question plate et déplacée ?
Lui — (D’une voix hésitante.) Oui ?
Moi — Qu’est-ce que tu lui trouves, à Bianca – mis à part que c’est une très belle femme ?
Lui — C’est sûr qu’il y a de ça. Je suis très sensible à la beauté… c’est ce qui me fait tomber en amour.
Moi — Comme pour Troy, il y a quelques années.
Lui — Oui. Et Brigitte. Et toi.
Moi — C’est gentil de dire ça. Le problème reste toutefois entier; tu n’as certainement pas décidé de vivre une semaine sur deux avec Bianca juste pour ses beaux yeux. C’est sexuel?
Lui — Oui, il y a ça, aussi. Elle est toutefois beaucoup plus conventionnelle dans sa sexualité que toi. Ou que Brigitte. Reste que c’est indéniable que nous avons beaucoup de plaisir ensemble.
Moi — Quoi d’autre ?
Lui — C’est difficile à dire. Bianca a une aura de mystère qui me fascine. Chaque jour, je découvre quelque chose à son sujet. Tu savais qu’elle a étudié en chant classique ?
Moi — Non, je ne savais pas.
Lui — Elle a même fait partie du Chœur de l’Opéra de Montréal.
Moi — Aon! C’est pas rien.
Lui — Elle a aussi beaucoup voyagé. Elle a marché toute seule les trois-mille-cinq-cents kilomètres du Sentier des Appalaches, entre la Georgie et le Maine.
Moi — Ça aussi, c’est impressionnant. Donc, c’est un mélange d’attirance physique et d’admiration, c’est ça?
Lui — Oui, mais il y a aussi quelque chose d’autre que je n’arrive pas à verbaliser… quand je dis fascination, je veux dire que… c’est comme un envoûtement. Elle me déstabilise et me laisse comme… pantois.
Moi — Tu te rends quand même compte que son absence de filtre fait qu’elle peut être très blessante – surtout envers les personnes que tu aimes… n’est-ce pas?
Lui — Je ne sais pas… je ne sais plus… parfois elle me dit des choses et je n’arrive pas à comprendre si elle me critique ou si elle me flatte. Ce n’est pas juste à cause du ton qu’elle emploie et des mots qu’elle choisit… c’est souvent contradictoire et je n’arrive plus à comprendre exactement ce qu’elle essaie de me dire.
Moi — Pauvre chéri. Tu avais raison de dire que tu es dans la confusion la plus totale.
Lui — Perdu et clueless, oui. Je ne sais plus ce que je dois faire.
Moi — J’ai ma petite idée à ce sujet. Je te suggère de parler à Brigitte, pour commencer. Dis-lui que tu l’aimes et explique-lui ta relation avec Bianca, comme tu me l’as fait à moi.
Lui — (Piteux.) Ok.
Moi — Quant à moi… je vais parler à Bianca, si tu le permets.
Lui — Sure. Au point où j’en suis…
Moi — Il y a de l’aura de mystère à percer et je me sens l’âme d’une voyante extra-lucide.
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