Épisode 23

Où la licorne décide de faire des efforts

(Blondine et la licorne sont échevelées et enlacées dans le grand lit du demi-sous-sol. Elles sont couvertes de sueur et repues d’amour. La couverture Splash Dry et divers jouets gisent sur le plancher. Les deux amoureuses se chuchotent tendrement à l’oreille.)

Blondine — Finalement, tu as eu raison de choisir de ne pas habiter avec moi. C’est tellement plus pratique quand on a besoin d’un peu d’intimité !

Moi — Je n’aurais jamais cru que tu finirais par me dire ça. Après toutes ces années à te dire non…

Blondine — Je n’avais pas un fils au sommeil fragile quand je te suppliais d’emménager avec moi.

Moi — Tu dois admettre que ma tête de mule a parfois ses bons côtés.

Blondine — (Embrassant la licorne dans le cou.) Elle est attachée à un corps qui me plaît énormément. Ça compense pour tous les autres désagréments.

Moi — (Rigole.) Je SAVAIS que tu ne m’aimais que pour mon corps !

(Elles s’embrassent, puis restent silencieuses pendant quelques minutes.)

Blondine — (Se levant vers la licorne sur un coude.) Tu penses à quelque chose, toi.

Moi — Oui. Je pense à Bianca.

Blondine — (Sourit.) J’aurais juré que tu pensais à nous faire du thé.

Moi — Oh, je vais nous en préparer, si tu en veux.

Blondine — (Soupire d’aise.) Toi, tu sais parler aux dames. Et pourquoi pensais-tu à Bianca ?

Moi — Je crois qu’il faut que je lui parle. La situation ne peut plus durer. Je vais l’inviter pour un café au Moca Loca, tiens. Ou alors, lui proposer de la rencontrer chez elle. Peut-être que ce serait mieux au demi-sous-sol… Quoi qu’il en soit, il faut absolument nous sortir de cette situation malsaine dans laquelle patauge le polycule depuis Festivus.

Blondine — C’est bien triste ce qui nous arrive, mais cette histoire concerne surtout Bianca, Roxane et Elle. Pas sûre que tu as intérêt à fourrer ton nez là-dedans.

Moi — Il faut que quelqu’un s’occupe du problème…

Blondine — Et pourquoi ce serait à toi de le faire ?

Moi — Parce que Lui est complètement dépassé par les événements, Elle ne fait que pleurer quand je mentionne le nom de Brigitte et ce n’est certainement pas Rox qui va régler quoi que ce soit.

Blondine — Ah ça… ça me parait évident. Rox n’est pas la personne avec le plus de doigté au monde. Je trouve quand même que c’est délicat de s’interposer dans la relation de Brigitte et Lui. Je n’aimerais pas que quelqu’un – même un métamour – se mêle de ce qui se passe entre nous deux.

Moi — Je ne veux pas me mêler de leur relation, mais bien celle de Bianca avec le reste du polycule. Ça me ferait énormément de peine s’il venait à se disloquer.

Blondine — À moi aussi, ça me ferait de la peine. C’est pour ça que j’évite maintenant de la fréquenter en espérant que les choses se tassent.

Moi — Je ne crois pas que l’évitement règle quoi que ce soit. Bien au contraire, j’ai l’impression que ça ne ferait qu’envenimer la situation.

Blondine — (S’étire paresseusement) Si tu le dis. En ce qui me concerne, mes énergies et mon temps sont limités, avec la job et la famille. Éviter Bianca est tout l’effort que je suis disposée et en mesure de consacrer à toute cette histoire.

Moi — Ben justement, c’est une question d’effort. Tout le polycule – toi la première – m’a enjoint à en faire pour supporter Roxane au début de sa relation avec Elle. Ça n’a pas été évident, elle m’en a fait voir de toutes les couleurs, mais aujourd’hui j’ai appris non seulement à la tolérer, mais aussi à l’apprécier.

Blondine — (Avec un sourire narquois) Tu apprécies surtout les menus travaux qu’elle vient faire dans le demi-sous-sol.

Moi — Oui, mais pas que. Quand j’ai fini par mieux la connaître, un respect mutuel s’est installé entre elle et moi. Il me semble que nous devons le même effort à Bianca.

Blondine — Si tu le dis, ma chérie. Et comment comptes-tu t’y prendre ?

Moi — Je ne sais pas trop. Il faut que j’aille au-delà de ce qu’elle laisse transparaître ; elle est sûrement beaucoup plus qu’un faux ange qui sert des shit sandwichs à tout le monde qu’elle croise.

Blondine — J’espère pour toi qu’il y aura efforts dans les deux sens. S’il n’y a pas réciprocité, ta démarche auprès d’elle risque de ne pas aller bien loin.

Moi — (Sort du lit et attrape sa robe de nuit.) Je vais y réfléchir. Peut-être que je pourrais l’inclure dans certaines de nos activités…

Blondine —(Encore avec un sourire narquois) Comme la première orgie que tu organises pour ton sex cult fouriériste ?

Moi — Ha! Faut pas charrier. Je pensais plutôt à l’inviter à un dimanche bourgeois avec Troy et Pierre.

Blondine —Comme dirait Troy : good luck with that, darling.

Moi — Merci pour ton appui débordant d’enthousiasme, gamine. Allez, je vais aller faire bouillir de l’eau.

Blondine —(Tire sur la robe de nuit de la licorne.) Minute ! Tu dois m’embrasser, avant.

Moi — (Se penche pour embrasser son amoureuse.) Oh ! Mais où avais-je la tête !

(Blondine embrasse la licorne, puis la fait basculer dans le lit.)

Blondine —Entre mes cuisses, évidemment.

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