Épisode 86

Serveuse — Est-ce que je vous sers quelque chose à boire avant de commencer?

Lui — Les garçons vont prendre du lait…

Samuel — Je veux du jus rouge !

Félix — Non! Un coke!

Lui — Comme je disais, les garçons vont prendre du lait et moi une pinte de Rickard’s Red.

Samuel — Awwww! Je suis grand maintenant et j’aime pu ça le lait!

Moi — Tu as raison, ce n’est pas si bon que ça pour la santé et en plus ça fait souffrir les vaches.

Lui — Eille… je ne vais certainement pas me mettre à lui faire boire de la bière au nom de la libération animale.

Serveuse — Et pour vous?

Moi — Un café noir. Et pour la jeune dame ici… avez-vous du lait de soya?

Serveuse — Je ne crois pas, non.

Moi — Pourriez-vous allez vérifier à la cuisine, juste au cas?

Lou — Dérangez-vous pas : je vais prendre un café noir moi aussi. Avec trois sucres.

Moi — Lou! Depuis quand tu bois du café?

Lou — Depuis qu’Elle m’apporte du Tim’s chaque fois qu’elle vient chez nous.

Moi — Tu fais ça, toi? Depuis combien de temps ça dure? Comment ça se fait que je ne m’en sois jamais rendue compte?

Elle — Ha ha ha… Heu… Je me disais qu’un beigne tout seul, c’est un peu trop sec, han.

Moi — Je me demande pourquoi je persiste à faire semblant de jouer à la mère.

Serveuse — Donc, deux cafés? C’est bien ça?

Lou — Oui.

Moi — Nous sommes dues toi et moi pour une discussion sérieuse, jeune fille.

Lou — Meh.

Serveuse — Et pour vous, madame?

Elle — Je vais prendre un bloody Caesar, mais j’aimerais clarifier quelque chose qui me chicote. Vous offrez un spécial le dimanche pour les familles, n’est-ce pas?

Serveuse — Tout à fait.

Elle — Donc, les enfants mangent gratuitement.

Serveuse — Oui, les enfants de treize ans et moins.

Elle — D’accord. Et pour vous, une famille, c’est quoi?

Lui — Ah non! Tu ne vas pas recommencer!

Elle — Chut, chut, chut. Laisse la dame répondre.

Serveuse — Ben… Deux adultes et deux enfants?

Elle — Vous ne trouvez pas ça un peu hétéronormatif?

Serveuse — Hétéro quoi?

Elle — Il y a des familles qu’on ne peut pas caser dans ce moule patriarcal, vous savez.

Lui — Ça y est, elle repart.

Elle — Dans notre famille, il y a trois adultes et trois enfants. Est-ce que ça veut dire qu’on est condamnés à toujours payer plus que les autres, en plus d’avoir à faire face à la désapprobation implicite de notre arrangement de vie que la société nous revoie quotidiennement?

Serveuse — Je ne suis pas sûre de comprendre ce que vous voulez dire. La politique du restaurant c’est…

Elle — C’est de contribuer à maintenir en place l’hégémonie de modèles familiaux et parentaux périmés? Parce que c’est bien ça que je lis dans votre promotion du dimanche !

Serveuse — Tout ce que je peux dire, c’est que la politique du restaurant…

Elle — Franchement, je suis déçue. Il serait temps que vous envisagiez d’arriver en 2017, vous ne croyez pas?

Serveuse — Je peux appeler le gérant, si vous voulez.

Lui — Non, ça ne sera pas nécessaire.

Elle — Au contraire! Peut-être qu’il va pouvoir nous expliquer pourquoi cet établissement s’implique autant dans le maintien d’institutions caduques comme la famille patriarcale.

Lui — Pitié, non.

Serveuse — Il va venir vous voir dans un instant. En attendant, je vais aller chercher vos boissons et je reviens.

Lui — Pourquoi est-ce qu’il faut toujours que tu fasses un scandale dans les commerces – et jamais ailleurs? Tu ne milites jamais pour quoi que ce soit… sauf quand il y a devant toi quelqu’un qui veut te vendre quelque chose.

Elle — C’est notre licorne en caramel qui déteint sur moi.

Moi — Hein? Quoi? Je n’ai rien à voir dans tout ça!

Elle — Si, si. J’ai pompé toutes les phrases que j’ai dites dans ton blog.

Moi — Je n’aurais jamais dû te refiler l’adresse. Ça m’apprendra.

Le gérant — Est-ce qu’il y a quelque chose qui ne va pas, monsieur, mesdames?

Elle — Oui. Votre serveuse nous a dit que nous ne pouvons pas profiter du rabais familial parce que notre famille ne correspond pas aux normes que la société veut nous imposer.

Le gérant — Elle a vraiment dit ça? Je suis désolé, parce que si vous regardez ici, sur le menu… Il est expliqué que les enfants accompagnés d’un adulte mangent gratuitement et qu’il y a une limite de deux enfants par adulte. Vous êtes trois adultes et trois enfants, donc il n’y aura pas de problème.

Elle — Ah.

Moi — (Étouffe tant bien que mal un rire.) Pfffff…

Le gérant — Avez-vous d’autres questions?

Elle — Non… Non, ça ira. Merci.

Le gérant — S’il y a quoi que ce soit d’autre, n’hésitez pas à me demander. Bon appétit! (Il s’éloigne.)

Moi et Lui — PffffWA HA HA HA HA HA HA HA !

Elle — C’est ça, riez de moi.

Lui — Je ne sais pas si vous le réalisez, mais leur politique est en réalité discriminatoire envers la bonne vieille famille québécoise traditionnelle, avec deux parents et une douzaine de kids.

Elle — Meh.

Moi — Il n’y a plus de doute possible : nous sommes bel et bien en 2017.

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