Épisode 167

From: Blondine <les.malheurs.de.blondine@gmail.com>
To: Anne Archet <anne@archet.net>
Subject: Je veux tout savoir de toi

Mon amour, je m’ennuie déjà de toi !

Raconte-moi un secret inavouable de ton enfance… Je veux tout savoir de toi.

(Je veux te lire encore et toujours, pour que tes mots me caressent à défaut de tes mains.)

Judith XXX

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From: Anne Archet <anne@archet.net>
To: Blondine <les.malheurs.de.blondine@gmail.com>
Subject: Re : Je veux tout savoir de toi

Blondine chérie,

Voici quelque chose que je croyais avoir oublié et qui grâce à toi est revenu à ma mémoire pour me mettre le rouge aux joues.

Quand j’avais dix ans – peut-être même neuf, à bien y penser – je jouais au « chum » avec mon amie Sophie. Nous avions chacune un oreiller qui nous faisait office d’ami de cœur ; le sien se prénommait Patrick et le mien Jean. Le jeu commençait par une sortie en couple d’abord au restaurant, ensuite au cinéma. Les choses s’enchaînaient presque toujours de la même façon : nous commencions par embrasser nos chums-oreillers respectifs, puis, rougissantes, nous finissions par l’enjamber et frotter chastement sur lui nos vulves à grands renforts de coups de bassin.

Nous restions habillées, naturellement, et je ne me rappelle pas avoir eu d’orgasme à proprement parler. Je me souviens par contre de cette chaleur diffuse qui irradiait de mon bas ventre et qui remontait par vagues successives jusqu’à mon visage. Je me souviens aussi de cette excitation aiguë qui prenait un temps fou à se dissiper et qui me laissait flottante, désorientée. Ce n’était qu’un simple de jeu de gamines, un simulacre maladroit basé sur ce que nous avions grappillé et compris de la sexualité telle que la télé nous l’avait présentée (puisque l’idée de nous expliquer de quoi il en retourne vraiment n’avait traversé l’esprit d’aucun adulte de notre entourage).

À l’aube de la puberté, les petites filles sont souvent excitées sexuellement et s’adonnent à ce genre de jeu troublant… mais contrairement aux hommes – qui ont la licence de raconter leurs histoires juvéniles d’érections intempestives et de masturbation de groupe en toute impunité – un passé de petite fille obsédée sexuelle est un sombre secret qu’une femme se doit d’enfouir au plus profond d’elle-même, sous peine d’être marquée à jamais du sceau de l’infamie.

(À moins, bien entendu, d’avoir la chance d’être aimée par une lectrice telle que toi – avide de la moindre de mes anecdotes.)

Je te fais mille bises folles,

AA.

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Anne Archet
Vie de licorne
Le blog flegmatique
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Envoyé avec mon Commodore 64

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