Épisode 269

(Au lit avec Lui.)

Moi — Dis, tu joues un jeu avec moi ?

Lui — Quel genre de jeu?

Moi — Tu me racontes une histoire érotique… et c’est toi la fille.

Lui — Tu veux que j’enfile des sous-vêtements de dentelle?

Moi — Aon ! Aon ! Aon ! Ça, c’est quelque chose que je voudrais vraiment voir !

Lui — Il n’y a ici que les tiens et tu connais mon gabarit… ils sont au moins trois fois trop petits.

Moi — Bah. On jouera à t’habiller en poupée sexy une autre fois. Là, Je veux que tu me racontes une histoire d’un point de vue féminin. Tu me dis ce que tu ressens… en tant que femme. Mais attention: je veux que ça soit crédible. Et surtout sexy. Selon toi, qu’est-ce qui allume une fille?

Lui — Hum… C’est toi la spécialiste de l’histoire cochonne, non?

Moi — Allez! Je suis sûr que tu es capable.

Lui — Ok. Alors je me lance. Je m’appelle Monica et…

Moi — Minute! Puisque en réalité la fille c’est moi, je me réserve le droit de frapper le gong.

Lui — Frapper le gong?

Moi — Oui, pour te remettre sur le droit chemin si jamais ton récit devient invraisemblable.

Lui — Je ne vois pas de gong dans ta chambre, Anne.

Moi — Je me contenterai de dire « bong »…!

Lui — C’est pas un peu weird?

Moi — Come on! Joue le jeu. Tu vas voir, on va rigoler!

Lui — Bon. Comme je disais, je m’appelle Monica. J’aime passer mes doigts dans ma longue chevelure et tortiller une mèche en contemplant, mélancolique, la lune pendant un doux soir d’été…

Moi — On voit que tu n’as pas beaucoup de loisirs, han.

Lui — Attends la suite. Tu veux savoir ce que je porte?

Moi — Évidemment.

Lui — Je porte une minijupe et des talons de six pouces. Je suis blonde, j’ai vingt-huit ans et mes mensurations sont 36-24…

Moi — BONG !

Lui — Han ?

Moi — Tu pourrais faire un effort, quand même…

Lui — Tu veux une histoire sexy, non?

Moi — Sexy pour moi, oui.

Lui — Hé, je veux avoir du plaisir, moi aussi. Et comme par hasard, je suis une fille qui adore porter des minijupes qui mettent en valeur ses courbes parfaites…

Moi — Pfff. Je peux savoir les tiennes?

Lui — Les miennes?

Moi — Tes mensurations – autres que la longueur de ta queue, évidemment. Quelle est la taille de ta poitrine?

Lui — On s’en fout ! Je ne suis pas une fille. Ce que j’ai l’air n’a aucune espèce d’importance…

Moi — Et c’est pour ça que tu t’entraînes au gym trois fois par semaine et que tu n’es toujours pas satisfait de…

Lui — Bon d’accord, je fais du ventre. Et alors?

Moi — Et alors? Je veux que tu sois ronde ! Genre 38-38-38…

Lui — Elle est un baril !

Moi — Tu veux dire «JE suis un baril»…

Lui — Je n’ai aucune envie d’être une femme ronde.

Moi — Pourtant, tu es en amour et tu vis avec notre chérie qui est ronde et pulpeuse à souhait. C’est quoi le problème?

Lui — Le problème, c’est que ce qui m’attire et ce que je suis sont deux choses très différentes.

Moi — Non. Le problème, c’est que je veux que tu me racontes une histoire pour moi – et moi, je préfère les femmes bien en chair.

Lui — (Ronchonne.)  Pfffff. Ok… je m’appelle Monica, j’ai vingt-huit ans… et je garde en permanence des boules de geisha dans mon vagin…

(Silence.)

Lui — Tu ne frappes pas le gong de l’invraisemblance?

Moi — Non, j’aime bien ce détail.

Lui — Querisse ! Dans ce cas, je n’ai rien dans le vagin — je ne fais que me passer le doigt sans arrêt, même en public !

Moi — Si ta stratégie est de faire délibérément retentir le gong, tu vas devoir faire mieux que ça.

Lui — (Boudeur.) Je peux continuer ?

Moi — Bien sûr.

Lui — Bon. Je disais donc que j’adore porter des minijupes. Un soir que je me préparais à sortir, j’ai enfilé la plus courte de mon garde-robe, celle qui me fait des jambes interminable, ainsi qu’un chemisier très serré et transparent qui laissait entrevoir de façon scandaleuse ma poitrine généreuse. En me regardant dans le miroir, je me suis trouvée tellement sexy que je me suis mise à mouiller et j’en ai presque eu un orgasme spontané et…

Moi — BONG !

Lui — Quoi encore ?

Moi — Quand tu te regardes dans le miroir, est-ce que ça te fait bander?

Lui — Ben là… non.

Moi — Alors si je comprends bien, tu es une fille imaginaire qui s’habille ultra-sexy pour exciter l’homme que tu es réellement. C’est plutôt tordu, non?

Lui — Ah la la… (D’un air découragé.) Dis-moi donc quel genre de vêtements, quelles mensurations et quelle couleur de cheveux je devrais avoir. Comme ça, on pourra passer à la suite.

Moi — (Souriante.) Écoute chéri, ne sois pas vexé. Si j’ai bien compris, tu ne te trouves pas particulièrement sexy, non? Tout ce que j’essayais de te faire comprendre, c’est que pour les filles, c’est la même chose.

Lui — Pourtant, tu passes ton temps à te maquiller et à enfiler des trucs aguichants.

Moi — Ça n’a rien à voir. Je parle de l’effet que je me fais moi-même. Je n’enfile pas mes petits kits en dentelle pour me branler devant le miroir. Ce qui m’allume, c’est que quelqu’un d’autre me trouve sexy.

Lui — (Soupire.) Être une fille vraisemblable et pas un fantasme, ça me coupe l’inspiration…

Moi — La contrainte est la mère de la créativité, non? Allez, soit bon joueur et parle-moi un peu de la femme que tu es.

Lui — Tu veux du vraisemblable? Attache ta tuque. Je m’appelle Ginette et je vis seule. Je porte surtout des t-shirts noirs trop grands pour moi qui me permettent de camoufler ces formes qui me foutent des complexes. Jamais de minijupe, alors ça non, parce que c’est trop inconfortable et que ça laisse voir ma culotte de grand-mère jaunâtre qui jadis était blanche. Après mon boulot à la bibliothèque municipale, je retourne chez moi et je regarde Canal-Vie en bouffant une salade sans vinaigrette, parce que je suis au régime depuis au moins dix ans. Ensuite, je vais me coucher dans mon grand lit vide. Puisque je ne me sens pas sexy pour un sou, je me masturbe beaucoup en pensant au prochain meuble Ikea que je vais m’acheter. Fin.

(Il se met à bouder.)

Moi — Dommage que je n’aie pas un gong de la mauvaise foi à ma disposition.

Lui — Pfffff.

Moi — Si je comprends bien, tu veux me faire fantasmer sur une bibliothécaire souffrant de solitude et de désordres alimentaires ?

Lui — Eille! C’est toi qui exiges d’être vraisemblable et plate!

Moi — Vraisemblable ne veut pas nécessairement dire plate.

Lui — J’abandonne! Tu as gagné.

Moi — Pas si vite! Tu ne le sais pas, peut-être que moi aussi, je fantasme sur les meubles Ikea…

Lui — Arrête donc de rire de moi! Je commence à croire que tu as inventé ce jeu uniquement pour te payer ma tête.

Moi — Mais non voyons. Rire de toi n’est qu’un plaisir supplémentaire…

Lui — Tu vois, tu continues…

Moi — Arrête de bouder… tu sais bien que je t’aime, mon gros bêta…

Lui — Je ne suis pas ton gros. Je fais du ventre, c’est tout.

Moi — Tu es mon bêta de taille moyenne. Juste assez gros pour être confortable.

Lui — Juré ?

Moi — Juré. Et je ne te demanderai plus de faire la fille — du moins jusqu’à ce que je trouve un soutien-gorge à ta taille. Là, j’ai plutôt envie d’un homme.

Lui — Même si cet homme n’a pas la moindre idée de ce qui est sexy pour une femme comme toi?

(Je prends alors sa tête et la pousse vers le bas du lit, entre mes cuisses.)

Moi — On n’est jamais trop vieux pour apprendre, chéri…

< Épisode précédentÉpisode suivant ­­>

 

 

Une réflexion sur “Épisode 269

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.