Où la licorne ajoute des cordes à son archet.
Moi — Ça va toujours, ma chérie ?
Blondine — (Avec un sourire d’encouragement.) Oui, tout va bien ! Tu te débrouilles à merveille.
Maîtresse SD — Dans ce cas, je vais te demander de terminer en lui attachant les chevilles avec une double colonne…
Moi — (Prend la corde de chanvre et commence immédiatement à nouer.) Ok… celui-là est facile…
Maîtresse SD — … tout en m’exposant les quatre raisons pourquoi ce nœud est approprié pour cet endroit du corps.
Moi — Oh ! Oui, bien sûr… (En fronçant les sourcils d’un air studieux.) La double colonne réduit le risque de blessure en évitant que les cordes ne se resserrent trop autour d’une seule colonne. Cela répartit la pression sur une plus grande surface, réduisant ainsi les points de pression et les risques de compression nerveuse ou de circulation sanguine restreinte.
Maîtresse SD — Non, passe par en dessous. Ensuite ?
Moi — Ce nœud permet de répartir la tension de manière équilibrée sur les deux colonnes, ce qui rend l’expérience plus confortable pour le modèle.
Blondine — Je le confirme !
Moi — Ça évite les sensations désagréables de picotements, engourdissements ou douleurs qui pourraient survenir si la tension était mal répartie. Aussi, en attachant les deux colonnes ensemble, on peut contrôler plus facilement les mouvements du modèle en limitant sa capacité à bouger les membres attachés de manière indépendante.
Maîtresse SD — Vérifie avec ton doigt si c’est suffisamment serré.
Moi — Ça m’a l’air correct.
Maîtresse SD — Tu m’as donné trois raisons. Quelle est la dernière ?
Moi — (Récitant de mémoire.) Elle est esthétique. La double colonne crée des motifs symétriques qui ajoutent une dimension visuelle essentielle à la composition d’ensemble.
Maîtresse SD — (Visiblement satisfaite.) C’est exactement ça. et ton nœud est impeccable. Félicitations.
Blondine — Bravo mon cœur !
Moi — J’ai toujours été une bonne élève. Nicole m’a élevée comme un caniche de compétition canine pour tout ce qui concerne la réussite scolaire.
Blondine — Ha ha ha ! Tu es le caniche au poil le plus raide de tout l’univers !
Maîtresse SD — Ok, ok, ça suffit. Il est temps de dénouer. Et n’oublie pas que…
Moi — … dans une séance se shibari, détacher est aussi important qu’attacher et fait partie du rituel.
Maîtresse SD — Exactement. Je vais te laisser maintenant tranquille avec mes questions, pour que tu puisses dénouer proprement.
Blondine — Ah ! Les histoires de shibari ! Ce n’est jamais pareil, mais on connaît toujours le dénouement.
Moi — C’est ce qui se passe quand j’ai les mains occupées : quelqu’un d’autre en profite pour faire des jeux de mots vaseux.

(Les trois femmes rigolent et Moi détache Blondine méthodiquement. Après un peu d’aftercare, Elles prennent le café dans le bureau du donjon de Maîtresse SD.)
Maîtresse SD — (Après avoir déposé sa tasse dans sa soucoupe.) Encore quelques semaines et tu sera devenue une rigger à peu près compétente.
Moi — C’est vrai que la rigueur, ça te connaît, Marlène.
Maîtresse SD — Qu’est-ce que j’ai dit au sujet des jeux de mots atroces dans mon donjon ?
Moi — (Rigolant.) Désolée, Maîtresse.
Maîtresse SD — (Prend une autre gorgée de Earl Grey.) Puisque tu vas devenir mon associée, vas-tu changer ton nom? Madame Séverine, ça allait quand tu étais mon assistante, mais comme Dominatrice, ne trouves-tu pas que c’est un peu… ordinaire?
Moi — Je ne sais pas trop. Je me suis habituée à Madame Séverine et puis, je suis vraiment nulle pour choisir des noms. Je te rappelle que j’écris un feuilleton dont les principaux personnages sont «Lui», «Elle» et «Moi»…
Blondine — Tu devrais t’appeler Maîtresse Atrabile !
Moi — Han ?
Blondine — Oui, Atrabile. Dans la théorie des humeurs, c’était un liquide noir qu’on appelait aussi la mélancolie. C’est de là que vient le mot «atrabilaire».
Maîtresse SD — C’est vrai que tu es constamment méfiante et critique.
Blondine — Et anxieuse !
Moi — Dites-donc, vous avez une belle opinion de moi !
Blondine — N’est-ce pas toi qui as choisi «Langoisse» comme nom lors de ton premier munch?
Maîtresse SD — Ce nom te donnerait un air sévère et intransigeant… ça me plaît beaucoup. Je me vois parfaitement travailler en partenariat avec Maîtresse Atrabile.
Blondine — Et moi, me soumettre à elle ! On croirait une contraction entre «Attrape» et «Habile» !
Maîtresse SD — C’est décidé ! (Elle lève sa tasse de thé.) Je porte un toast au donjon des Maîtresses SD et Atrabile !
(Les trois femmes trinquent – au thé refroidi, mais c’est mieux que rien.)
Moi — (Soupire.) Je suis la Dom qui prend le moins de décisions concernant sa propre vie.
Blondine — (Avec tendresse.) Arrête donc. Tu exerces les pleins pouvoirs quand on te les confie et tu le fais admirablement bien.
Maîtresse SD — Et puis… c’est toi qui a convaincu Nicolas de venir travailler avec nous pour s’occuper du ménage et des tâches administratives. Ton sens du leadership est plus que correct.
Moi — Oh, ce ne fut pas un exploit. Nicolas m’a supplié à genoux de lui donner ce boulot. Il a même offert de nous payer pour le faire.
Blondine — Nicolas… c’est le soumis qui a été votre client, non? Celui qui t’a inspiré le personnage du larbin dans La comtesse de Cadente ?
Moi — Lui-même en personne.
Maîtresse SD — J’ai eu beau lui offrir un salaire, il n’a rien voulu savoir. Il ne veut que se faire mener par le bout du nez et se faire punir au moindre écart.
Blondine — J’ai drôlement hâte de le rencontrer, après avoir avoir fait la connaissance de sa version fictive dans ton manuscrit !
Moi — (En faisant un clin d’œil au quatrième mur.) Ah ça… ça sera pour un autre épisode, han.