Épisode 65

Moi — Allô ?

Lui — Allô mon amour !

Moi — Mon trésor adoré !

Lui — Chérie, je t’appelle pour t’informer de trucs pas très rigolos.

Moi — Ah?

Lui — Oui. Et avant de te raconter, il faut que je te dise que je suis convaincu que tu n’as rien fait de mal, que tu n’as aucune responsabilité dans cette histoire et je te demande à l’avance de ne pas culpabiliser une seule seconde.

Moi — Ok. Là, tu m’inquiètes…

Lui — Promets-moi.

Moi — Je ne peux pas te faire une telle promesse… Raconte plutôt.

Lui — Voilà: Sylvie, mon ex, est débarquée en furie à la maison il y a une heure.

Moi — La dude?

Lui — Toi aussi tu l’appelles comme ça ?

Moi — C’est notre chérie qui m’en a parlé. Toi, tu as toujours été évasif à son sujet…

Lui — C’est parce qu’elle n’est pas une personne très… agréable, pour rester poli. Avant même notre séparation, elle m’a fait vivre l’enfer et franchement, ça ne s’est pas amélioré depuis. Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas vu aussi enragée… elle avait le visage cramoisi, criait en postillonnant et j’ai eu peur qu’elle se mette à me lancer des trucs à la tête.

Moi — Qu’est qui a bien pu la mettre dans cet état ?

Lui — Selon elle… toi.

Moi — Moi? Comment est-ce possible? Je ne l’ai jamais rencontrée…

Lui — C’était assez confus, mais ce que j’en ai compris, c’est que Samuel est allé lui raconter que tu lui as dit que tu étais sa maman, que tu lui fais juste manger de la pizza et que tu l’aurais dessinée elle comme une merde assise sur un trône en papier hygiénique.

Moi — Aïe.

Lui — Alors là, évidemment, elle a perdu les pédales, comme d’habitude. Elle a demandé à Félix des détails à ton sujet et il lui a dit que tu étais mon amoureuse, mais aussi que tu t’occupais souvent d’eux quand je ne suis pas là… et que Lou a deux mères… et qu’elle est toujours sur son ordinateur…

Moi — Tout ça est à peu près exact.

Lui — Même la passe de la merde et du papier cul?

Moi — Oui. Ça sonne pire que c’était en réalité, il fallait être là pour comprendre. Je n’ai pas seulement dessiné la dude en bonne-femme-caca, tout le monde y est passé, toi comme moi et les enfants aussi.

Lui — Shit.

Moi — C’est le cas de le dire.

Lui — Toujours est-il qu’à partir de ces informations très parcellaires, elle s’est écrit un roman où tu es le grand méchant loup. Selon elle, j’expose mes enfants à des choix de vie malsains et de la sexualité détraquée, je les nourris mal, je les expose à de la scatologie et de la vulgarité et je les laisse surfer sur le net sans surveillance…

Moi — Aïe. Aïe. Aïe. Pour une fois que Lou acceptait de partager son laptop…

Lui — Je ne te dirai pas les mots blessants qu’elle a employés pour te décrire. Disons seulement que selon elle, mes enfants sont contraints de vivre dans un antre de débauche insalubre et qu’elle va me traîner en cour pour m’en retirer la garde.

Moi — Maille gode ! Rien de moins.

Lui — Ouais.

Moi — Je suis tellement désolée, mon chéri… si tu savais à quel point je me sens coupable…

Lui — C’est pour cela que je t’avais demandé de promettre.

Moi — Tout ça est de ma faute ! Je vous ai mis dans la merde, toi et les enfants.

Lui — Tu ne l’as fait qu’en dessin… Et c’est évident qu’elle a tout compris de travers – et qu’elle cherche, comme d’habitude, un moyen de me blesser. Ce n’est pas la première fois que ça arrive.

Moi — Il faut que je fasse quelque chose pour réparer les pots cassés… Et si j’allais lui parler?

Lui — Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de t’exposer à Sylvie. Elle est toxique.

Moi — Si je lui explique la situation calmement et que nous discutons en adultes raisonnables, c’est sûr que j’arriverai à désamorcer le conflit.

Lui — J’en doute. Elle n’a rien de raisonnable. Je vais te dire ce qui va arriver : elle va parler à son avocat et entreprendre de nouvelles démarches qui au final n’aboutiront jamais. Ça fait quatre ans que ça dure, ce manège.

Moi — Je vais lui parler. Ça t’évitera des frais d’avocats et bien des traumatismes.

Lui — Ne fais pas ça. Elle va te dévorer toute crue et va te recracher comme un vulgaire noyau d’olive.

Moi — On verra bien. Ne sous-estime pas mes pouvoirs de persuasion.

Lui — Il faut toujours que tu fasses à ta tête, n’est-ce pas?

Moi — C’est pour ça que tu m’aimes, chéri.

Lui — (Soupire.) Tu ne pourras pas dire que je ne t’avais pas prévenue.

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