Épisode 73

Elle — Je peux te poser une question un peu… particulière, ma petite pépite de chocolat ?

Moi — Pourquoi est-ce que tu attends toujours… le moment où je reprends mon souffle… après l’orgasme… pour me poser tes questions ?

Elle — Je ne sais pas. C’est toujours à ce moment qu’elles me viennent à l’esprit… peut-être est-ce parce que mon cerveau est à son irrigation sanguine optimale.

Moi — Tu es vraiment une… drôle de bibitte… mon amour.

Elle — Moins étrange que toi, ma pitchounette à la cannelle. C’est quoi ce truc que tu as placé sur le rebord de ta fenêtre ?

Moi — La plante ?

Elle — Non, le gros pot Mason. Celui qui a l’air d’être rempli de morve visqueuse avec des mottons multicolores louches.

Moi — Ah ça. C’est une expérience hautement scientifique que je mène depuis trois ans. Je l’ai intitulée « L’incroyable bocal aux sex toys fondants© ».

ep-72

Elle — Es-tu en train de me dire que ce magma soulèvecœurant est formé de dildos en fusion ?

Moi — Yup. Tu te rappelles quand j’avais commandé en ligne une « boîte sexy-surprise » qui, selon les dires du site web qui m’a fourgué ce truc, était rempli de « jouets sexuels de qualité supérieure » à un prix « défiant toute concurrence » ? C’était en 2011 et on était encore ensemble, à l’époque…

Elle — Je me rappelle vaguement, oui.

Moi — Et tu te souviens que lorsque j’ai ouvert la boîte, ça chlinguait comme un rideau de douche cheap acheté chez Dollarama ?

Elle — Ouais… et aussi qu’ils étaient laids et mous en querisse. Il me semble qu’il y en avait un qui ressemblait à une pieuvre… un espèce de faux vagin brunâtre qui était tout collant… une bite d’un jaune douteux qui était décolorée au niveau du gland…

Moi — Ces trucs étaient probablement bourrés de phtalates et d’autres produits extra-toxiques. Jamais je n’aurais inséré ces horreurs dans un de mes précieux orifices.

Elle — Je pensais que tu avais renvoyé tout ça à l’expéditeur.

Moi — C’était sans compter mes proverbiales facultés de procrastination. J’ai mis la boîte dans mon placard et elle est restée là pendant presque deux ans. Quand je l’ai retrouvée et que je l’ai ouverte, non seulement l’odeur toxique était-elle encore plus forte, mais tout le carton était imbibé d’une matière huileuse douteuse. Ces trucs étaient littéralement en train de fondre ! À température ambiante, en plus ! Alors j’ai pris la seule décision rationnelle qui s’imposait…

Elle — … tout querisser ça à la poubelle.

Moi — Non ! Les mettre dans des bocaux et les REGARDER FONDRE !

Elle — Et qu’est-ce que tu comptes faire avec toute cette morve, quand tes sextoys auront fini de se liquéfier ?

Moi — Je ne sais pas… peut-être que le jour où le gouvernement fera une fois pour toute la chasse aux anarchistes, je pourrais les boire – comme Socrate avec la ciguë.

Elle — Yarke !

Moi — En attendant d’interpréter ma version personnelle du Phédon, ce truc a une certaine valeur décorative.

Elle — Tu es trop weird pour notre monde, ma chouchoutte pralinée.

Moi — Parlant de weird… je m’inquiète un peu pour la fin de semaine au chalet de Roxane.

Elle — Pourquoi ? Je pensais que ça allait mieux entre vous dernièrement.

Moi — C’est parce que chéri a invité Troy et j’ai peur que ça soit… weird entre Rox et lui.

Elle — Je ne vois pas pourquoi ça le serait.

Moi — Comme je la connais, je ne serais pas du tout surprise que Rox soit une TERF… ou juste transphobe, purement et simplement. Tout d’un coup qu’elle se met à lui dire des choses inappropriées et blessante ? Qu’elle se mette à le mégenrer… ou pire.

Elle — Tu la sous-estime. Ça me fait de la peine.

Moi — Elle m’a traité de féminazie parce qu’elle m’a entendue dire le mot «micro-agression» !

Elle — Il va falloir que tu finisse par en revenir, ma lolotte à l’érable.

Moi — Elle a dit que j’étais une snowflake parce que j’ai dit que je suis pansexuelle !

Elle — Rox aime taquiner, mais elle est aussi très gentille et sensible. Je suis certaine qu’elle va nous recevoir en nous traitant comme des princesses.

Moi — Justement. Je ne voudrais pas qu’elle traite Troy de princesse.

Elle — Ah la la. Tu la connais mal. C’est pas comme si elle allait le frapper avec sa chaîne de moto.

Moi — Je vais m’abstenir de commenter cette dernière remarque.

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