Épisode 114

Moi — Allô ?

Elle — Ma petite perle des Caraïbes !

Moi — Tiens ? D’habitude, le mot d’amour du jour est formé par la jonction d’un animal cute et d’un aliment sucré.

Elle — C’est parce que j’ai une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle à t’annoncer – et aussi une faveur à te demander. Et le mot d’amour est lié à la bonne nouvelle !

Moi — Ah ?

Elle — Par quoi je commence ?

Moi — Par la mauvaise.

Elle — Le contraire m’aurait surpris.

Moi — On ne se refait pas, han.

Elle — La mauvaise nouvelle, c’est que poussin grognon est tout à l’envers. L’avocate de la Dude lui a envoyé une lettre. Elle déménage à Montréal.

Moi — En quoi est-ce une mauvaise nouvelle ?

Elle — Elle veut amener les garçons avec elle et demande la garde complète. Elle lui offre de les avoir à la maison qu’un week-end par mois.

Moi — Ben voyons… elle ne peut pas faire ça ! Ils ont leur école, leurs amis… toute leur vie, ici.

Elle — Oui, mais la Dude a envoyé un courriel à poussin lui disant – avec toute la subtilité qu’on lui connaît – que nous exposons ses enfants à la débauche et qu’elle n’hésitera pas à soumettre ce scandale devant un juge s’il n’accepte pas son offre sans rouspéter.

Moi — Mais… elle fait continuellement de la violence verbale et de l’aliénation parentale ! Elle est mal placée pour faire ce genre de menaces !

Elle — C’est ce que je lui ai dit, mais ça ne l’a pas empêché de paniquer. Comme d’habitude, il a somatisé son stress, ça lui a foutu un mal de dos terrible et il est à la maison, alité et incapable de se déplacer plus loin que la toilette.

Moi — Pauvre chou ! Je vais venir à la maison ce soit pour le consoler. Il faut lui dire que la Dude n’a aucune chance de faire à sa tête !

Elle — Tu lui feras une pipe, aussi. Tu vas voir, c’est rigolo : il a des spasmes de jouissance et de douleur et ne sait plus s’il doit nous supplier d’arrêter ou de continuer.

Moi — Ha ha ha ! Tu es la soumise la plus cruelle que je connaisse, mon amour.

Elle — C’est parce que la cruauté, ça me connait, après tout ce que vous avez eu la gentillesse de me faire subir. Tu veux entendre la bonne nouvelle, maintenant ?

Moi — Shoot.

Elle — Pépare-toi mentalement à faire tes valises, nous partons en Jamaïque en mars, pour le premier anniversaire de notre triade !

Moi — Hein ?

Elle — VOUI ! Et on va au resort Epicure en plus !

Moi — La colonie de vacances néocoloniale pour échangistes blancs bourrés de fric ?

Elle — Néocoloniale, je ne sais pas. Bourrés de fric… on économise depuis deux ans pour se payer ce voyage et là, mon syndicat a signé le nouveau contrat de travail, j’ai une paye rétroactive et je la consacre pour t’amener avec nous !

Moi — Ça me rend mal à l’aise que tu brûles autant de fric pour moi. Et ça me rend mal à l’aise d’aller exploiter un pays du tiers monde juste parce que j’ai envie de boire comme un trou, me taper des étrangers et ne pas faire la vaisselle.

Elle — Ah la la, ça serait trop te demander de laisser juste une fois ta conscience sociale au vestiaire et venir avoir du fun avec nous pour une petite semaine de rien du tout ?

Moi — Je n’ai pas les moyens de me payer une telle folie.

Elle — Puisque je te dis que je paie pour toi ! Et puis, si ça heurte autant tes principes altermondialistes, tu prendras un break entre deux séances de baise pour aller aider à la construction d’une école ou donner une séance d’information sur le contrôle des naissances ou whatever, si ça peut calmer tes scrupules.

Moi — Ben oui, tant qu’à être colonialiste, aussi bien y aller à fond.

Elle — Come on ! Ça va te faire du bien… ça va NOUS faire du bien à nous trois, surtout à notre pauvre poussin, si triste et si mal en point…

Moi — (Soupire.) Je vais y penser.

Elle — Pas trop longtemps ! Je réserve dans trois semaines max !

Moi — Merci de m’aimer autant, chérie.

Elle — Et encore, tu n’as pas vraiment idée à quel point je t’aime.

Moi — Je le découvre un peu plus chaque jour.

Elle —Hi hi hi !

Moi — Et la faveur que tu as à me demander… c’est quoi ?

Elle — Je veux revoir Roxane, mais pas chez elle. Je veux le faire en terrain neutre… avec quelqu’un qui serait là, juste au cas qu’elle se remette à déraper.

Moi — Tu as peur de ses comportements ?

Elle — Non. Je lui donne une autre chance et je veux qu’elle comprenne qu’elle n’a plus droit à l’erreur. Et si tu es là… je sais qu’elle va mieux se tenir.

Moi — J’en doute. Elle ne se tient jamais bien quand je suis là.

Elle — Elle a promis que c’est avec toi qu’elle ferait le plus d’efforts. Alors si on se rencontre chez toi, ce sera le test idéal.

Moi — Je ne comprends pas du tout ta logique, ni à quoi tu veux en venir, mais c’est d’accord, si tu penses que c’est la chose à faire.

Elle — Tu es la meilleure, ma paruline de la jamaïque ! On pourrait faire ça jeudi soir…

Moi — Attends… jeudi, je reçois Ousmane à la maison pour un Netflix and chill

Elle — Euh… Ousmane est asexuel, non ?

Moi — Oui. Et alors ?

Elle — Je pensais que Netflix and chill, c’était une métaphore pour une relation sexuelle.

Moi — Je dirais plutôt que c’est un euphémisme, mais dans le cas qui nous concerne, on compte vraiment regarder Bojack Horseman en se bécotant de temps à autre.

Elle — Tant mieux, alors. Ça voudra dire que ta chambre à coucher sera libre ! Et puis, tu auras l’occasion de nous présenter, Roxane et moi, à Ousmane…

Moi — Je n’ai aucune envie de présenter Roxane à Ousmane.

Elle — Elle va être gentille ! Je te le promets !

Moi — Ce n’est pas toi qui devrait promettre, mais bien elle.

Elle — Et si elle te promet juré-craché qu’elle va bien se tenir ?

Moi — Peut-être.

Elle — WOOHOO ! On se voit jeudi, mon amour !

(Elle raccroche.)

Moi — (Soupire.) Pourquoi personne ne termine ses conversations téléphoniques par un « Ok bye on se reparle » dans les œuvres de fiction ?

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