Épisode 228

(Attablée avec Troy au café Moca Loca, après une longue promenade dans un parc aux sentiers jonchés de feuilles mortes.)

Troy — (Réchauffant ses doigts sur sa tasse de café.) Humm… Pumpkin Spice.

Moi — Inutile de me le rappeler, ça sent le clou de girofle à vingt mètres.

Troy — Clou de what now?

Moi — Cloves.

Troy — Ah ok. I’m kinda surprised… Je ne t’imaginais pas en Pumpkin Spice hater.

Moi — Nan. Je me contente d’être une clou de girofle hater.

Troy — Tu ne sais pas ce que tu manques, darling. L’automne sans Pumpkin Spice, c’est juste trop triste.

Moi — Bah. Je bois le café au poivre d’Ousmane à l’année longue, ça comble tous mes besoins en boissons chaudes épicées.

Troy — Ah oui ! J’ai entendu dire que c’est corsé as hell. Moi, j’aurais peur que ça me tienne éveillé toute la nuit.

Moi — Ce n’est pas que ça me tienne éveillée qui me dérange, mais bien les rêves weird que ça provoque chez moi.

Troy — Pas des rêves cochons, quand même ?

Moi — Cochons, je ne sais pas, mais à connotation sexuelle, très certainement.

Troy — Aon ! Raconte !

Moi — En gros, j’ai rêvé que je mettais mon orgasme en conserve dans un petit pot en verre.

Troy — Ha ha ha ! C’est l’automne, donc c’est le temps des conserves. Logique.

Moi — Sauf que c’était pas mal plus compliqué que de faire du chutney. Ça m’a pris une éternité, en respectant scrupuleusement la procédure et en utilisant le siphon, la poire de caoutchouc et tous les autres instruments stériles qu’on m’avait remis avec un formulaire de consentement que je devais remplir et signer.

Troy — « On » ?

Moi — Les Sœurs de la friction perpétuelle. La congrégation qui fait la collecte des orgasmes.

Troy — Darling, tu es la fille avec les rêves les plus détaillés que je connaisse.

Moi — C’est la faute au café Touba, j’en suis sûre. Toujours est-il que j’ai remis aux bonnes sœurs mon petit pot de verre rempli par mon orgasme aux reflets opalescents et elles l’ont caché dans la sacristie, entre le vin de messe et l’eau bénite, complètement au fond du placard. Elles m’ont ensuite fait comprendre qu’il devait rester là, bien caché, en sûreté, et que personne ne le remarquerait.

Troy — Et qu’est-ce qu’elles en font, de ton orgasme ?

Moi — J’en ai aucune fucking idée. Tout ce qu’elles m’ont dit, c’est que tant que mon orgasme resterait en conserve, je vivrai éternellement, dans une jeunesse immuable, inaltérable.

Troy — Wow! Where do I sign up for this?

Moi — Ben tu vois, dans mon rêve, j’étais pas mal moins enthousiaste. Pour un instant, je me suis demandé s’il était sage de confier un orgasme de si bonne qualité à des femmes qui – en théorie, du moins – ont une méfiance, voire une haine de la jouissance physique, mais elles étaient si convaincantes, elles regardaient mon petit pot de verre avec des regards remplis de tant de bonté… Et puis, pour être bien honnête, qu’est-ce que j’aurais bien pu faire avec cet orgasme, maintenant qu’il était cuit et mis en conserve ? Il ne me serait plus d’aucune utilité tant qu’il restait là, sous le couvercle hermétiquement scellé…

Troy — Et c’est là que tu t’es réveillée.

Moi — Non, pas tout de suite. Elles m’ont ensuite assurée que je pourrais à tout moment revenir le chercher, si jamais je changeais d’avis. Et moi, j’essayais de me convaincre en me disant que ne plus sentir l’horrible fardeau du temps qui brise mes épaules et me penche vers la terre… que ça vaut bien ce petit sacrifice de rien du tout, non?

Troy — You bet it does.

Moi — D’ailleurs, nous sommes au Québec, ce n’est pas comme si on allait se mettre à incendier les églises du jour au lendemain.

Troy — Ils n’osent même pas enlever le crucifix de l’Assemblée nationale, alors…

Moi — Ouais. N’empêche, quand je l’ai vu pour la dernière fois, dans son pot, avec sa lueur irisée, je me suis demandé si j’avais fait le bon choix.

Troy — Et… ?

Moi — Et c’est tout. C’est là que je me suis réveillée.

Troy — (Après avoir avalé la dernière gorgée de son café.) Dire que mon Pumpkin Spice n’a pas d’autre effet que de me faire lever au milieu de la nuit pour aller pisser.

Moi — (Terminant le mien à mon tour.) Tu en profiteras pour mettre toi aussi ton orgasme dans un pot. Je suis sûre qu’il va sentir le clou de girofle.

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