Épisode 256

[Marlène, aussi connue sous le nom de Maîtresse Sweet Domination, m’invite prendre le thé dans le nouveau nid d’amour qu’elle vient d’acheter avec Simone (mon ex, qui est aussi la maman de ma fille Lou), un cottage de style imitation-de-château-français-ma-chère dans le chic quartier du Domaine du Vieux Port au bord de la rivière Gatineau, à un jet de pierre du pont Alonzo-Wright et de l’autoroute 50, avec des murs de pierre aux quatre faces, quatre grandes chambres et deux salles de bain à l’étage, une grande douche vitrée multi jets, un spa thérapeutique (il faut que tu essaies, très chère : moi, je ne peux plus m’en passer), des planchers de jatoba (si, si, rien de moins, il a fallu attendre mais je n’allais tout de même pas me contenter d’érable, n’est-ce pas?) , des plafonds cathédrale, un mur en pierre décorative au salon, un foyer au gaz avec manteau en piertex de style néo-classique (on se croirait à Versailles, hein?), armoires de cuisine aux tons chauds de noyer (je les change dès que je peux, c’est d’un kitsch pas possible), un vaste îlot, un comptoir en granit, des électros en inox dont un compacteur à déchets, un frigo avec fureteur internet (je peux lire Vie de licorne en préparant l’osso bucco!) et une cuisinière vitrocéramique autonettoyante, une salle d’eau avec planchers d’ardoise, un vestibule fermé avec ses doubles portes françaises, un petit bureau adjacent au garage avec entrée privée, un sous-sol totalement aménagé avec salle de cinéma et chambre froide (tiens, c’est le ketchup aux fruits de ma mère), un vaste terrain entouré d’une haie de thuya de deux mètres (on ne voit jamais les voisins) doté d’un système d’arrosage avec gicleurs automatisés, une terrasse de béton estampé, deux thermopompes, un garage double, une entrée de pavé uni et un raton laveur (il n’arrête pas de dévaliser mes poubelles, qu’est-ce que je devrais faire?).]

Moi — Marlène, j’adore ce que tu as fait de… Mais qu’est-ce que c’est que ça?

Maîtresse SD — Je te présente Lucie, ma nouvelle soumise – qui est aussi le nouveau lustre du salon.

Moi — What the f…

Maîtresse SD — Lulu est accroc à l’electroplay et puisque j’avais besoin d’un luminaire, je me suis dit qu’il fallait joindre l’utile à l’agréable… n’est-ce pas, Lulustre?

Lucie le lustre — (Sous son bâillon.) Mmph Mmmmph !

Moi — Mais…

Maîtresse SD — T’inquiète, je ne la laisserai pas accrochée là quand ta fille sera à la maison. Même si ça fait un vide dans mon décor…

Moi — Est-ce que c’est sécuritaire? Je veux dire, tout ce poids accroché à ton plafond…

Maîtresse SD — Qu’est-ce que tu crois ? Je suis une professionnelle ; j’ai consulté les plans. Le harnais est aussi très confortable. Je le sais d’expérience!

Moi — J’admets que c’est très… esthétique. Bras en croix, jambes écartées, ça la rend si… vulnérable, ouverte… la combinaison, c’est de l’élasthanne?

Maîtresse SD — Du PVC.

Moi — Nice. Et je parie que les cristaux en forme de larme qui pendent au bout des orteils, des doigts et des seins, c’est aussi ton idée, n’est-ce pas?

Maîtresse SD — Évidemment. Tu veux voir comment elle fonctionne?

Moi — Je n’osais pas te le demander.

Maîtresse SD — Tiens, voici le rhéostat. Tu vois? Faible intensité… plein éclairage. Faible… fort. Faible… fort.

Lucie le lustre — (Sous son bâillon.) Mmmmph ! Mmmmph ! Mmmmph !

Moi — Chouette! Mais pourquoi fait-elle tout ce boucan? On l’entend malgré le bâillon…

Maîtresse SD — C’est que le courant ne sert pas qu’à l’éclairage. Vois-tu le fil qui court de la chaîne jusqu’à ses fesses?

Moi — Oui.

Maîtresse SD — Il alimente deux plugs vibrants électriques en inox de ma confection. Lorsque je tourne le bouton jusqu’à pleine intensité, elle tourne à pleine vitesse.

Moi — Ça lui fait mal?

Maîtresse SD — Un peu. C’est le but recherché, n’est-ce pas? Faible, fort, faible fort… fais-moi confiance, ça la branche, cette petite allumeuse — je peux m’exprimer ainsi.

Lucie le lustre — (Sous son bâillon.) Mmmmph! Mmmmph! Mmmmph! Mmmmph! Mmmmph!

Moi — Ooooh! Je peux essayer? S’il te plait!

Maîtresse SD — (En me tendant le rhéostat.) Knock yourself out.

Moi — En avant toutes moussaillons ! (Je tourne la roulette complètement à droite.)

Lucie le lustre — (Sous son bâillon.) Mmmmph! Mmmmph! Mmmmph! Mmmmph! Mmmmph!

Moi — Oh-oh… Ton lustre coule sur ton tapis persan.

Maîtresse SD — Shit ! Mon Kashan véritable ! Elle va me le scrapper !

(Elle se rue pour essuyer la flaque de cyprine avec un chiffon.)

Moi — (Soupire.) Ah, ces constructions modernes… il faut toujours qu’elles aillent un vice caché.

< Épisode précédentÉpisode suivant >

 

 

 

Une réflexion sur “Épisode 256

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.