Épisode 257

(C’est la soirée Netflix-and-chill-in-the-literal-sense au demi-sous-sol.)

Moi — (Après avoir appuyé sur pause.) Hum…

Ousmane — Ouf.

Moi — Tu as compris quelque chose à ce dernier épisode ?

Ousmane — Euh… je pense que l’OA a traversé dans notre dimension… celle où elle est une actrice qui joue dans the OA. Enfin, quelque chose dans le genre.

Moi — Mais ça ne peut pas être notre dimension, parce que notre dimension n’est pas un œuvre de fiction.

Ousmane — Ahem… Ne sommes-nous pas tous les deux en ce moment dans un feuilleton web ?

Moi — Touché. Un morceau de robot pour toi.

Ousmane — Un morceau de quoi ?

Moi — Un morceau de robot. Comme dans les Satellipopettes.

Ousmane — Les Satelli quoi ?

Moi — Il faut avoir passé son enfance au Québec dans les années quatre-vingt pour comprendre. Tu le googleras.

Ousmane — Est-ce que ça va contribuer à mon intégration à la société québécoise et sa culture unique et distincte que de me renseigner à ce sujet ?

Moi — Pas vraiment.

Ousmane — Fuck that, alors.

Moi — Hi hi hi !

Ousmane — Qu’est-ce qu’on regarde, maintenant? Il paraît que Babylon Berlin, c’est excellent.

Moi — Ouain… C’est un show de police ça, non?

Ousmane — Entre autres, mais pas que. Ça se déroule dans le Berlin de la République de Weimar.

Moi — Pourquoi pas. Je nous prépare du popcorn avant de commencer?

Ousmane — Bonne idée!

(Je me rends à la cuisine et je querisse un paquet de popcorn instantané dans le four à micro-ondes.)

Ousmane — En passant, Blondine m’a appris que le Remue-ménage allait publier ton dernier livre. Félicitations!

Moi — Merci! J’attends d’avoir le contrat d’édition en mains pour sabrer le champagne, mais il semble que ce soit dans la poche. Après trois bouquins, je vais peut-être pouvoir commencer à dire que je suis une écrivaine sans avoir l’air complètement ridicule.

Ousmane — Ben voyons. Être écrivaine ne se calcule pas au nombre de livres publiés.

Moi — Pour la société en général, oui.

Ousmane — Depuis quand tu te soucies de l’avis de la société en général, mademoiselle?

Moi — Depuis que je souffre du syndrome de l’imposteuse – donc, depuis toujours.

Ousmane — Pfffff. On n’a plus les Anne Archet qu’on avait.

Moi — Si c’est pas désolant, han ?

(Le four à micro-ondes se met à sonner.)

Moi — (En revenant m’asseoir près d’Ousmane avec un bol rempli de popcorn.) Parlant de Blondine… comment va la cohabitation?

Ousmane — (Soupire.) C’est plus difficile que je l’avais anticipé. J’ai l’impression de toujours la déranger, alors je me cantonne dans mes appartements du sous-sol, pour lui laisser la paix.

Moi — Quand je lui en ai parlé, elle m’a dit qu’elle avait besoin d’encore un peu de temps pour s’ajuster, mais que tout allait quand même bien.

Ousmane — J’ai l’impression que tant qu’elle ne sera pas enceinte, il y aura un malaise entre nous deux. C’est comme s’il n’y avait aucune raison valable que je sois présent dans sa maison si le bébé n’est pas en route. Et puis…

(Il se tait, visiblement mal à l’aise.)

Moi — Et puis quoi ?

Ousmane — Ben… J’ai l’impression que si la conception ne fonctionne pas jusqu’à présent, que c’est ma faute.

Moi — Pourquoi donc?

Ousmane — Toute l’opération me dégoûte un peu, remplir la seringue de… enfin, tu sais ce que je veux dire. C’est une véritable corvée qui exige toutes mes réserves d’énergie et de courage.

Moi — Oh non. Pauvre chou…

Ousmane — Et ça, ce n’est rien. Judith n’a pas l’air folle de joie de s’injecter ce truc froid dans… ahem… l’intimité.

(Silence.)

Moi — Tu sais quoi, Oussy ? S’il y a quelqu’un qui devrait culpabiliser, ce n’est pas toi, mais moi.

Ousmane — Toi ?

Moi — Oui, moi. Vous n’êtes que métamours et moi je suis censée être coparent de ce enfant en devenir… et je vous laisse lâchement vous débrouiller tous seuls. C’est moi qui devrais assumer mes responsabilités et m’occuper de la sale besogne.

Ousmane — Es-tu en train de me dire que tu veux me… je veux dire me toucher le…

Moi — (Sourire narquois au visage.) Je pensais plus à m’occuper de la seringue et de l’insémination… mais si ce genre de service supplémentaire t’intéresse, moi je suis plus que partante.

Ousmane — (Visiblement troublé.) Euh… non. Vraiment pas, non. J’aime mieux… enfin… m’en occuper moi-même.

Moi — (Je pose ma tête contre son épaule.) Je vais donc me contacter de jouer le modeste rôle d’infirmière dévouée et professionnelle. Je vais en parler avec Judith, pour qu’elle m’avertisse quand elle ovulera le mois prochain.

(Ousmane mange un peu de popcorn d’un air pensif.)

Ousmane — Je n’avais pas réalisé que faire un enfant impliquait autant de manipulations visqueuses et soulèvecoeurantes.

Moi — Hé hé hé… Attends de voir l’accouchement, tu vas être servi.

Ousmane — (Grimace.) Je pense que je vais m’évanouir tout de suite par anticipation.

Moi — (Je l’embrasse.) Bravo ! Enfin un homme qui n’attend pas pour agir en père digne de ce nom !

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