Épisode 143

Moi — Ouf ! Qu’est-ce qui se passe avec la piscine cette semaine ? L’eau est glacée !

Ousmane — C’est vrai… Elle est plus froide que la semaine dernière…

Troy — Nan. C’est juste que vous avez eu froid dehors. L’eau est à la même température que d’habitude.

Moi — Brrrr. Il faut souffrir pour être en forme, je suppose.

Troy — (Après avoir sauté dans la piscine.) Une fois mouillé, on s’habitue vite. Bon entraînement, les amoureux ! (Il se met à nager à toute vitesse.)

Ousmane — Une planche, mademoiselle Anne ?

Moi — Merci, monsieur Ousmane !

Ousmane — À trois ?

Moi — Ok.

Ousmane — Un… deux… TROIS ! (Il se jette à l’eau.) Hey ! Tu ne m’as pas suivie ! C’est pas du jeu !

Moi — Hé hé hé…

Ousmane — C’est vrai qu’on s’y fait vite. Allez, viens me rejoindre !

Moi — D’accord, d’accord…. J’arrive. Ah shit ! C’est une vraie torture.

Ousmane — Si tu y allais d’un seul coup, ce serait plus facile.

Moi — (En claquant des dents.) Ah la la. Il ne faut vraiment pas s’aimer pour s’infliger un tel supplice.

Ousmane — Faisons-nous aller un peu les jambes, histoire de retrouver une température normale.

Moi — Ok. Allons-y.

Ousmane — (Après que nous ayons fait deux longueurs de piscine avec la planche.) Et puis ? Qu’est-ce qui se passe avec David, le jeune salopard qui te harcelait dernièrement ?

Moi — Comment se fait-il que tu sois au courant de ça ?

Ousmane — Troy m’en a parlé.

Moi — Troy aussi est au courant ? Shit !

Ousmane — On s’inquiète tous pour toi, c’est normal. As-tu appelé la police ?

Moi — Non. J’ai appelé la mère de David pour lui expliquer la situation.

Ousmane — Qu’est-ce que ça va changer ?

Moi — Elle vit avec lui… elle a donc une influence sur lui.  Il n’a que dix-huit ans, après tout…

Ousmane — Ce type mérite de faire face à la justice pour ce qu’il a fait. Pas juste de se faire taper sur les doigts par sa mère, comme un gamin qui a volé des bonbons dans une épicerie. Tu devrais appeler les flics. Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour toutes les autres femmes qui risquent de devenir éventuellement ses victimes. Parce qu’il va récidiver, c’est sûr.

Moi — Je ne veux rien savoir des flics. C’est comme ça.

Ousmane — Tu devrais laisser tomber tes principes pour un moment. C’est sérieux, ce qui t’arrive.

Moi — Tu crois que je ne m’en aperçois pas ? Je suis morte de trouille, figure-toi donc. Il se trouve que je considère que les flics font partie du problème – et donc qu’ils ne peuvent en aucun cas être la solution.

Ousmane — Les policiers sont là pour protéger les honnêtes citoyennes comme toi.

Moi — Les policiers sont là pour protéger la propriété privée et la domination des possédants. Rien d’autre.

Ousmane — En voilà une grossière généralisation.

Moi — Si les flics s’adonnent à protéger les individus – au lieu des blesser ou des tuer, comme ils le font souvent – ce n’est qu’un effet collatéral de leur mission principale : celle de protéger le grand capital.

Ousmane — Donc, les femmes qui dénoncent leurs agresseurs à la police sont des complices du grand capital ?

Moi — Je n’ai jamais dit ça.

Ousmane — Tu les juges, en tout cas.

Moi — Pas du tout. Chaque victime agit selon ce qu’elle croit être le mieux pour elle. Je ne juge personne. En ce qui me concerne, j’estime que d’appeler la police ne ferait qu’aggraver mon problème.

Ousmane — La police pourrait t’aider. Tes œillères idéologiques t’empêchent de le comprendre.

Moi — La police n’est d’aucune utilité pour la prévention des crimes. Les flics n’interviennent que lorsque le mal est fait et la réponse du système de justice se résume à punir.

Ousmane — David mérite d’être puni.

Moi — Je me fous qu’il soit puni ou non. Ce que je veux, c’est qu’il me laisse tranquille, qu’il cesse ses comportements toxiques. Or, les amendes, les travaux communautaires, la prison… ça n’a jamais enseigné rien à personne. Pire : c’est un des piliers de la société qui produit des harceleurs et des violeurs.

Ousmane — En prison, David serait hors d’état de nuire.

Moi — Ça, c’est si il s’y rend, ce qui est fort peu probable. Si je me fie aux statistiques à ce sujet, ma plainte a très peu de chances d’être jugée recevable et David a toutes les chances, vu son âge et son absence d’antécédents judiciaires…

Ousmane — C’est ce que tu supposes. Il a peut-être déjà fait plein d’autres victimes.

Moi — Il a juste dix-huit ans.

Ousmane — Ça ne veut rien dire.

Moi — Ce que je sais, c’est que David a toutes les chances de passer à travers les mailles du filet… et il risque de s’en sortir avec un sentiment d’impunité renouvelé et renforcé.

Ousmane — Et les salauds qui n’ont pas de maman ? Qu’est-ce qu’on fait avec eux ?

Moi — Je n’ai pas la responsabilité de réhabiliter tous les salauds, han.

Ousmane — Je sais, mais si Davis avait été orphelin. Tu aurais fait quoi ?

Moi — J’aurais eu recours à d’autres gens dans son entourage pour le raisonner et lui faire comprendre comment agir de façon correcte avec les êtres humains.

Ousmane — C’est de l’angélisme.

Moi — C’est du réalisme.

Ousmane — Tu me promets que tu vas appeler la police si ta stratégie maternelle ne fonctionne pas et que David revient à la charge ?

Moi — La mère de David m’a appelée hier. Elle a parlé à son fils.

Ousmane — Ah ?

Moi — Oui. Selon elle, il a promis de me laisser tranquille. Je pense qu’il a eu honte de ce qu’il a fait.

Ousmane — Construisons un monde meilleur grâce au pouvoir infini de la honte.

Moi — Ironise tant que tu veux, c’est une arme comme une autre. Diversité des tactiques !

Ousmane — (Soupire.) Je serais plus tranquille si je savais que tu n’étais toujours toute seule chez toi.

Moi — Tu pourrais séjourner au demi-sous-sol quelques jours, si ça te dit…

Ousmane — Pour vrai ?

Moi — Oui ! Ce serait le fun de passer un peu de temps ensemble…

Ousmane — Yé ! Je passe tout à l’heure chez moi chercher mon ne-baise-pas-en-ville, puis je fais un saut à l’épicerie. J’ai envie de te faire tout plein de petits plats !

Moi — Marvoulousse ! J’ai hâte !

Ousmane — En attendant… on devrait peut-être nager un peu.

Moi — Je te suis, mon amour.

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