Épisode 164

Moi — Encore un peu de thé ?

Blondine — Darjeeling… scones… sandwichs au concombre… on se croirait dans le salon de la reine !

Moi — Oui, si le palais de Buckingham était un demi-sous-sol.

Blondine — Hi hi hi !

Moi — Comme le dit le proverbe, An unicorn’s half basement is her castle.

Blondine — Avec le nombre d’amoureuses et d’amoureux que tu as, je ne comprends pas pourquoi tu tiens tant à vivre seule dans cet appartement.

Moi — Je ne suis pas seule. Il y a Lou – une semaine sur deux.

Blondine — Et tu vis en ermite – une semaine sur deux.

Moi — J’ai souvent de la visite.

Blondine — Encore une chance, sinon tu serais full blown anachorète.

Moi — Je suis comme ça, c’est tout. C’est un mélange d’agoraphobie et de misanthropie.

Blondine — Personne ne souhaite la solitude. La solitude est une malédiction… et ce n’est pas naturel.

Moi — Ça l’est pour moi.

Blondine — Tu n’as pas de chat ? Je croyais avoir lu sur un de tes blogs que tu avais des chats ?

Moi — Simone est partie avec deux d’entre eux quand on s’est séparées et le dernier est mort d’une leucémie l’an dernier. Il y a un chat errant qui me rend visite de temps en temps, sur le bord de la fenêtre. Il vient chercher un peu de bouffe et des caresses, puis il s’en va. Il est très indépendant et c’est le genre de chose que je respecte. Je lui ai bricolé une plateforme : c’est là qu’il vient se prélasser et jouir de ma compagnie.

Blondine — Tu es trop belle et pleine de vie pour vivre comme une soeur cloîtrée. C’est injuste.

Moi — Tu es gentille de me dire ça, mais je ne vois pas le rapport.

Blondine — Les gens qui t’aiment voudraient partager ton quotidien, c’est normal. J’en parlais avec Elle, qui m’a dit que c’était la principale raison de votre rupture il y a quelques années.

Moi — Elle avait même acheté une maison, pour que nous puissions vivre ensemble…

Blondine — Moi-même, qui suis follement amoureuse de toi, je me demande pourquoi je ne casse pas le bail de mon studio pour venir m’installer dans le demi-sous-sol.

Moi — Woa ! Tu ne serais pas en train de brûler des étapes, là ?

Blondine — Excuse-moi… Je ne veux pas que tu penses que je suis folle…

Moi — Tu n’es pas folle. Juste un peu trop… pressée.

Blondine — Si tu savais à quel point il y a  longtemps que je t’aime. J’ai d’abord aimé ton intelligence et ta beauté, quand tu étais ma prof. Et puis, quand je t’ai vu au munch… j’ai su qu’on était faites l’une pour l’autre. Maintenant que j’ai passé avec toi les plus belles vacances des fêtes de ma vie, je me dis que vivre ensemble serait juste… merveilleux.

Moi — Tu ne sais encore rien de moi. Tu t’enthousiasme un peu trop facilement, mais ce n’est pas un drame. Ni un défaut. C’est dans ta nature, comme c’est dans la mienne de me cacher et de rester seule, bien à l’abri du monde.

Blondine — La nature t’a faite pleine d’imagination tordue et de fantasmes fous. Elle m’a faite pleine de désir de me plier aux ordres d’une femme que j’admire. Ne vois-tu pas que nous sommes complémentaires ?

Moi — Peut-être…

Blondine — Il n’en tient qu’à toi de le découvrir. Peut-être que tu te rendrais compte que je ne suis pas aussi folle que j’en ai l’air.

Moi — Et si je te bricolais plutôt ta propre plateforme ? Tu pourrais venir chercher un peu des caresses, puis t’en aller… mais attention, tu n’aurais le droit de te prélasser et de jouir de ma compagnie que lorsque je t’en donne l’autorisation, selon mes caprices et mon bon vouloir. Qu’est-ce que tu en penses ?

Blondine — À quel endroit la plateforme ? Sur le rebord de la fenêtre ?

Moi — Mais non, mais non. Tu es trop grande pour ça… et puis c’est la place du chat et il est très jaloux. Je pensais plutôt à la chambre d’amis. J’ai des crochets au plafond qui ne demandent qu’à servir… il ne manquerait que quelques accessoires, comme un matelas de sol imperméable, une chaîne que je pourrais attacher à la patte de mon lit… et j’ai déjà un chouette collier de cuir qui je crois est à ta taille… Ça te conviendrait ?

Blondine — Je pourrais apprendre à aimer. Peut-être que je n’aurais même pas à l’apprendre. Peut-être que c’est dans ma nature.

Moi — Je commence à le croire.

Blondine — Tu me le passes ce collier, histoire de vérifier s’il me fait ?

Moi — Tu vas voir, il vaut mieux que mille scènes de ménage.

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