Épisode 195

Moi — Tiens ? Tu es sortie avant que les flics arrivent. Je ne suis pas trop surprise ; après tout, nous ne sommes pas dans le Vieux Hull et tu n’es pas noire.

Roxane — Où c’est qui sont toutes les autres ?

Moi — Illes sont partis, qu’est-ce que tu crois.

Roxane — Hein ?

Moi — Ben oui. Elle oscillait entre les larmes et la colère. Son chum et Troy l’ont raccompagnée à la maison et vont terminer la soirée ensemble. Blondine est partie chez Ousmane ; illes voulaient que je les suive, mais j’ai plutôt décidé de t’attendre dans le parking.

Roxane — Pourquoi t’as fait ça ?

Moi — D’abord pour te couper l’herbe sous le pied, pour ne pas que tu reviennes ensuite nous voir en pleurnichant en disant « pauvre de moi, vous m’avez laissée toute seule à la Saint-Valentin, snif-snif-bouh-bouh ». Tu ne fais pas pitié pantoute, ce qui est arrivé est entièrement de ta faute.

Roxane — Eille, je t’ai rien demandé à toé…

Moi — Au contraire, tu es toujours demandante. Tu exiges toujours notre patience et notre tolérance envers tes conneries. Tu crois que j’avais envie de t’avoir dans le portrait, ce soir?

Roxane — Ah pis mange donc de la marde.

Moi — Je ne peux même pas en manger, j’ai été barrée du buffet à volonté.

Roxane — Je crisse mon camp chez nous. Adios.

Moi — Pas sans me donner un lift.

Roxane — Je te dois rien, toé.

Moi — Oh que si, tu m’en dois – et un paquet à part de ça. Elle voulait rompre sur-le-champ avec toi et je lui ai conseillé de ne pas prendre de décision sur le coup de l’émotion… et donc tu as une mince chance de t’en sortir une dernière fois – même si c’est dans son intérêt de te jeter comme une vieille chaussette, comme Elle aurait dû le faire depuis longtemps déjà. Tu es consciente que tu viens de commettre une agression sexuelle ?

Roxane — Ben voyons, asti. A voulait ! A me l’a même dit, tabarnak !

Moi — Elle ne voulait pas de se retrouver le chemiser ouvert et le soutien-gorge remonté en public. C’était quoi, ton but ?

Roxane — Fuck you !

Moi — Ben voilà. C’est pour ça que je suis restée te parler.

Roxane — Hein ?

Moi — Parce que tu es un « fuck you » continuel à tout ce qui existe. Tu prends le monde continuellement à rebrousse-poil et j’ai fini par trouver ça intriguant, au point de vouloir comprendre – te comprendre – et c’est ce soir que ça se passe. T’es comme une punk qui se promène en pick up et qui écoute du Irvin Blais. Et si on exclue l’épisode où tu agresses mon amoureuse…

Roxane — Je l’ai même pas…

Moi — Laisse-moi finir ! Si on oublie que tu as été odieuse envers la femme que j’aime – et que tu l’as agressée, même si tu penses le contraire – tu m’as fait passer une Saint-Valentin mémorable.

Roxane — Euh ?

Moi — J’ai toujours détesté cette fête à la con, mais je n’ai jamais eu le guts de la saboter magistralement comme tu l’as fait. Je déteste aussi les restos trendy fréquentés par les querisse de hipsters à marde et parce que tu t’es imposées avec tes gros sabots de fille pas d’allure, je me suis ramassée dans un resto familial pas romantique du tout, mais à prix abordable. Aussi, je suis bien obligée d’admettre que je suis d’accord avec toi sur un point : on serait tous en train de mastiquer notre chow mein en paix en ce moment si tu avais été un mec frenchant sa trophy wife plutôt qu’une butch en camisole de coton blanc qui démontre publiquement son amour à une lesbienne obèse. Au pire, vous auriez récolté de gros yeux, pas une expulsion agrémentée d’une menace d’appeler les flics. Et puis, ta tirade enragée sur l’homophobie… c’était quelque chose à entendre. Je pense même qu’Elle a beaucoup plus été traumatisée par la réaction du gérant que par ce que tu lui as fait.

(Silence.)

Moi — Tu sais, j’ai parlé aux autres. Ce n’est qu’à moi que tu tiens un discours haineux digne de l’alt-right ; c’est comme si tu avais instantanément trouvé chez moi le bouton sur lequel appuyer pour me faire réagir et que tu t’amuses depuis à me faire chier en te querissant des conséquences… comme si c’était ta mission divine d’être le sable dans le KY pour tout le monde. Et je voudrais honnêtement savoir pourquoi.

(Long silence.)

Roxane — Kessé que tu veux de moé, au juste ?

Moi — Pour commencer, un lift.

Roxane — T’es vraiment juste une asti de conne de fatigante, toé. (Elle soupire.) Envouaille dans le truck, je te ramène chez vous.

Moi — On va faire un saut au Quatre Jeudis, avant. Je te paye un verre de « vin de Français » et tu me racontes honnêtement comment tu en es venue à agir comme ça.

Roxane — J’aimerais mieux une bière à La Drave.

Moi — Va pour la brasserie et la bière, mais une seule, parce qu’ensuite, tu vas me ramener au demi-sous-sol et on se dira définitivement adieu – peut-être même en bon termes, qui sait.

Roxane — (Soupire.) Monte. J’ai pas juste ça à faire, moé.

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