Épisode 251

La serveuse — Pour vous ce sera ?

Moi — Un verre d’eau.

Elle — (S’interposant.) Elle va prendre un malibu sunrise – et moi aussi.

La serveuse — Deux malibu sunrises, coming right up !

Moi — Avec un verre d’eau !

Elle — C’est chouette que tu te sois abstenue de commander du lait d’avoine ou du kombucha cru, ma belette en tofu soyeux.

Moi — Meh. De tous les endroits publics, je pense que ce sont les bars que je déteste le plus.

Elle — C’est d’autant plus chouette que tu aies accepté de m’accompagner!

Moi — Roxane qui joue de la basse et qui chante dans un band punk, disons que c’est une anomalie dans le continuum espace-temps suffisante pour me faire sortir du demi-sous-sol.

Elle — Tu vas voir poussin grognon. Tout le groupe est super bon et Rox est une vraie rockstar… ou plutôt : une Rox-Star ! Hi hi hi hi hi !

Moi — Maille gode. Même moi, je n’aurais pas osé faire ce calembour.

Elle — Ah la la… arrête d’être rabat-joie et profite un peu. C’est rare qu’on a l’occasion de sortir toutes les deux.

Moi — Ouain… N’empêche que je suis surprise que Rox soit soudainement devenue artiste. Il me semble qu’elle est beaucoup plus du genre à s’intéresser aux chainsaws et aux skidoos qu’à la musique. Depuis quand a-t-elle un band ?

Elle — Depuis presque un an. Tu le saurais si tu ne refusais pas systématiquement de la voir ou d’entendre parler d’elle. Elle a appris à jouer de son instrument super vite, tu aurais dû l’entendre au début… ses progrès ont été fulgurants.

Moi — Je vis avec une apprentie Kurt Cobain, alors j’ai déjà donné à la maison. Tu ne trouves pas ça un peu pitoyable de soudainement se lancer dans le rock n’roll à quarante-six ans ?

Elle — Ben là… y’a pas d’âge pour vivre ses rêves. (Soupire.) Ce serait le fonne que tu l’encourages et que tu sois contente pour elle… pour une fois.

La serveuse — Voilà. (Elle dépose les verres sur la table.) Deux malibu sunrises et une bouteille d’eau.

Elle — Et voilà pour toi ! (Elle paie.)

La serveuse — Merci ! Faites-moi signe quand vous voudrez autre chose.

Moi — En passant, est-ce que tu étais ici quand le groupe a répété ?

La serveuse — Oui, je commençais mon shift quand ils ont fait leur test de son.

Moi — Comment c’était ?

La serveuse — (Elle sourit.) Spécial.

Moi — Je m’attends au pire.

Elle — Arrête donc. Oh ! Je pense que ça commence !

L’annonceur maison — Pour la première fois sur scène, accueillons Les Condylomes !

Moi — Les Condylomes ? Pour vrai ?

Elle — Rox dit que ça fait punk.

Moi — On verrue bien.

Elle — (Soupire.) Quand je pense que tu ris que mes jeux de mots poches…

Roxane — Salut Gatineau ! On va vous jouer nos tounes, pis si vous aimez pas ça, allez donc chier !

Le drummer — Un, deux, trois, quatre !

(Les instruments se mettent à jouer ce qui semble être trois chansons distinctes dans des tonalités et des rythmes différents.)

Roxane — (Chante.)

♫ Ton asti d’queue dans mon inbox ♪
♪ Tu peux t’la mettte oussé que j’pense ♫
♫ Toé si jamais j’te croise dans’ rue ♪
♪ J’la coupe pis j’te l’enfonce dans’ gorge ! ♫

(Trois chansons plus tard.)

Roxane — (Chante.)

♫ J’aime quand tu m’lèche la noune ♪
♪ Quand moé chu full menstrue ♫
♫ Tu vas vouère ma pitoune ♪
♪ Ça sent l’amour pis la morue ♫
♫ J’aime quand tu m’lèche le clitte ♪
♪ Quand j’ai la plotte en sang ♫
♫ Beubé, viens ent’ mes cuisses ♪
♪ M’en va t’aimer longtemps ♫

(Trois autres chansons plus tard.)

Roxane — (Chante.)

♫ Les astis d’islamo-gauchissses ♪
♪ Pis les seussiol josstisse warrieurs ♫
♫ Que j’les vouaille essayer d’brimer ♪
♪ Ma libarté d’esspresssion ! ♫
♫ Ma libartééééééé d’esspresssioooooooon ! ♪

(Trente assourdissantes et interminables minutes plus tard.)

Roxane — Marci ! On va prendre un break… à tantôt gang de tabarnaques !

(Roxane vient nous rejoindre à notre table.)

Elle — Roxy pou-pou ! (Elle l’embrasse.) C’était fantastique!

Roxane — Merci beubé! T’es trop fine. Pis toé, comment t’as trouvé ça?

Moi — Hein? Parle plus fort, j’ai les oreilles qui bourdonnent.

Roxane — COMMENT T’AS TROUVÉ ÇA?

Moi — Rox, tu joues de la basse presque aussi bien que Sid Vicious.

Roxane — Attends… c’est-tu un compliment ça ou t’es sarcastique?

Elle — Bien sûr que c’est un compliment… n’est-ce pas poussin sincère ?

Moi — Ouais, ouais.

Roxane — Pis les paroles? Comment t’as trouvé les paroles? Tsé, c’est moé qui a tout écrit. Toute!

Moi — Ça, je l’aurais parié.

Roxane — Pis en plus, ça m’a pris quinze minutes max par toune. J’te jure, ça sortait tout seul. Je commence à me dire que moé aussi, j’pourrais devenir une écrivaine comme toé. Peut-être même meilleure. Ha ha ha!

Elle — Tu débordes de talent, ma punkette en chocolat!

Moi — Et les autres membres de son groupe? Comment tu les a recrutés?

Roxane — C’est des dudes qui travaillent pour moé pis qui se plaignaient d’être obligés de travailler su’l chantier le samedi matin parce que c’était pendant la pratique de leur band de garage. Je leur ai permis de prendre off à condition que je puisse devenir leur bassiste pis leur chanteuse. Sinon, j’allais les faire travailler toutes les fins de semaines, les astis!

Moi — Bref, tu as fait du chantage avant de te mettre à chanter.

Roxane — Ha ha ha, t’es ben ben drôle. Bon, faut que je me prépare pour le prochain set. À t’aleure, beubé!

Elle — (Embrasse Rox.) Merde pour la suite!

Moi — (À demi-voix.) Et que la suite ne soit pas de la merde.

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