Épisode 285

(Au demi-sous-sol, séance de «Netflix-and-chill-but-in-the-literal-sense-and-without-the-implied-sex-stuff» avec Ousmane.)

Moi — Le popcorn est prêt!

Ousmane — (Le renifle.) Tiens? Il ne sent pas comme d’habitude…

Moi — Je l’ai préparé avec de la levure alimentaire et du poivre d’Alep.

Ousmane — Ah…

Moi — Ça sonne dégueu, je sais… mais tu vas voir, c’est délicieux.

Ousmane — (Un peu méfiant, il goûte.) Hey! C’est pas mal du tout!

Moi — (En me blottissant contre lui sur le sofa.) Ouais. Et ça bat le stuff d’Orville à plate couture.

Ousmane — Alors? Qu’est-ce qu’on regarde?

Moi — Une série documentaire, ça te dirait?

Ousmane — J’allais justement te le proposer. Il y a cette série intitulée The Family, qui porte sur des chrétiens fondamentalistes qui influencent en sous-main les politiciens américains et aussi des chefs d’État de partout dans le monde pour leur faire adopter des politiques ultraconservatrices, contre le droit à l’avortement et les droits des personnes LGBTQIA+…

Moi — Ça sonne un peu déprimant, non?

Ousmane — Oui, mais je crois que tout ça est présenté comme un sombre complot aux ramifications obscures.

Moi — Aon! Aon! Aon! On va pouvoir paranoïer tout notre saoûl! Il y a combien d’épisodes?

Ousmane — Cinq.

Moi — Ça ne te dérangerait pas trop, Oussy-chéri, qu’on n’en regarde que trois ce soir? Je travaille au donjon demain et il faut vraiment que j’aille à l’épicerie avant d’y aller…

Ousmane — Ah oui! J’avais oublié que tu avais commencé à travailler avec la fiancée de ton ex.

Moi — Pleeeease! Ne l’appelle pas comme ça!

Ousmane — Comment s’appelle-t-elle déjà? Maîtresse Cruella?

Moi — Maîtresse Sweet Domination.

Ousmane — C’est un peu kitsch, non?

Moi — (Dans un haussement d’épaules.) Meh. Ce pseudo a au moins le mérite d’être un peu original. Moi, je m’appelle Madame Séverine. Boring as fuck.

Ousmane — Je suis curieux. Comment ça se passe?

Moi — Comme n’importe quelle job d’adjointe administrative. Juste mieux payée. Je réponds au téléphone, je place les annonces sur le web, je paie les factures…

Ousmane — Je veux dire : avec les clients. Tu ne m’avais pas dit que tu allais toi aussi… euh… prodiguer des services ?

Moi — Yup.

Ousmane — Et tu t’en sors comment ?

Moi — Comme un charme, t’inquiète.

Ousmane — Oh, je te connais trop pour m’inquiéter… mais tu me racontes comment se déroule un rendez-vous typique, dis?

Moi — Je ne sais pas si ça existe, un rendez-vous typique. Jusqu’à présent, c’est si différent d’une fois à l’autre…

Ousmane — Allez, raconte quand même!

Moi — Monsieur serait-il en train de développer un intérêt pour le kink?

Ousmane — Je dirais plutôt que je m’intéresse à ce que mon amoureuse fait lorsqu’elle est au boulot.

Moi — Reste que tu ne me demandes pas de détails sur la façon que je tiens l’agenda…

Ousmane — Ha ha ha! J’avoue.

Moi — Entéka. Voici comment se déroule normalement une séance. D’abord, le client nous contacte via le web. Après discussion, je soumets la chose à Maîtresse SD et si elle me donne le feu vert, je fixe un rendez-vous. Je ne sais pas si c’est une pratique généralisée chez toutes les pro dommes, mais si c’est un nouveau client, nous le rencontrons et discutons de ses désirs, de ses limites physiques et émotionnelles, de ses expériences antérieures, de son état de santé… tout ça avant la séance proprement dite.

Ousmane — Comme aller chez le médecin, quoi.

Moi — Pas vraiment, mais bon, ça y ressemble un peu, d’une certaine manière. Lorsqu’arrive le temps de la séance proprement dite, c’est moi qui amène le client au donjon et lui ordonne de se déshabiller. Maîtresse SD lui met alors un collier en signe de soumission – sauf une fois où le client voulait qu’on le féminise et qu’on l’oblige à faire le ménage. Là, on lui a plutôt fait porter un tablier et des bas de nylons.

Ousmane — Ne m’avais-tu pas dit que le ménage faisait partie de tes attributions.

Moi — Yup. C’est pour cela que je suis drôlement contente quand c’est un client qui s’en charge!

Ousmane — Ensuite?

Moi — Ensuite, c’est là que ça varie le plus d’une fois à l’autre. Si le client désire simplement des châtiments corporels – comme c’est le cas la plupart du temps, selon ce que j’ai pu comprendre – Maîtresse SD le réchauffe avec un fouet léger ou une fessée, accompagné de bondage.

Ousmane — Bandage?

Moi — Ha ha ha! Non, bondage. C’est la plupart du temps mon rôle de l’attacher avec des chaînes, des cordes, des menottes… et ensuite c’est Maîtresse SD qui s’occupe de la pièce de résistance en le torturant exactement comme il l’a demandé et en exerçant sur lui de la domination par un jeu de rôle ou de l’humiliation verbale.

Ousmane — Elle les insulte, c’est ça?

Moi — Oui, mais pas nécessairement et systématiquement. Certains clients recherchent seulement le rush d’endorphines causé par une fustigation prodiguée par une femme sexy et déterminée et ne tripent pas du tout sur l’humiliation et la dégradation. Ceux-la sont plus faciles à satisfaire – et sont aussi pour moi les plus sympathiques.

Ousmane — Et pendant que ta patronne fais son boulot… qu’est-ce que tu fais, toi?

Moi — Je tiens le chronomètre.

Ousmane — Pour vrai?

Moi — Pas littéralement, bien sûr. Je suis responsable du timing. Une bonne séance est comme une histoire ou un morceau de musique : il y a un début, un sommet et une fin. Le temps de chaque phase varie, mais il y a une continuité, un flux et moi, je le surveille et je le gère, en minutant les choses de façon à aider à ce que Maîtresse SD offre au client l’expérience complète dans les délais impartis. Lorsque la séance tire à sa fin, l’intensité baisse graduellement et je la laisse avec le client pour l’aftercare.

Ousmane — C’est tout un art, dis-donc. Et aussi beaucoup de travail.

Moi — Disons que je mérite chaque trente sous que ça me rapporte.

Ousmane — Ça ne me donne toutefois aucune envie de solliciter ce genre de services.

Moi — Ce n’est pas pour tout le monde, évidemment.

Ousmane — Moi, je prendrais juste l’aftercare et un maximum de câlins.

Moi — (En l’embrassant dans le cou.) Tu serais mon client préféré, mon amour.

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