Épisode 137

Moi — Tiens, j’ai moi aussi quelque chose à te montrer – histoire de faire dévier un peu cette conversation pas très agréable.

Elle — Pfff.

Moi — J’ai un nouveau projet DIY !

Elle — Pas un autre pot de dildos en fusion, toujours ?

Moi — Non. Mieux !

Elle — Mieux qu’un bocal rempli de morve toxique ? C’est dur à croire.

Moi — Prépare-toi à être ébahie. En sale social justice warrior, je me suis rendue au surplus d’armée et j’ai acheté un sac que j’ai transformé en outil de propagande de la gauche régressive. Admire le travail d’aiguille !

Le-sac

Elle — Wow… Où as-tu trouvé tous ces patches ?

Moi — Sur internet, surtout. Il y en a d’autres qui me viennent de mes lectrices chéries.

Elle — Le drapeau rose-jaune-bleu, c’est quoi ?

Moi — C’est l’expression de ma fierté pansexuelle.

Elle — Je pensais que tu exprimais ta fierté pansexuelle en étant attirée par tout ce qui minimalement dégage un peu de chaleur et n’est pas encore tout à fait mort…

Moi — Ha. Ha. Ha.

Elle — J’aime les patches féministes. « Fuck sexism »… et surtout les sushis, c’est rigolo.

Moi — On ne peut pas être une SJW sans être féminazie et queer, han.

Elle — Tout en étant aussi nihiliste !

Moi — Remarque la triple négation… avoue que c’est le swag ultime.

Elle — Si tu le dis. Moi, ce sont les trucs religieux qui m’intriguent.

Moi — Je te l’ai dit : gauche régressive…

Elle — C’est juste que c’est contradictoire. Tu as Satan d’un côté… et puis la Vierge et Jésus à la dernière Cène de l’autre…

Moi — Tu as tout faux, mon amour. D’abord, ce n’est pas Satan, mais seitan. C’est juste un jeu de mots idiot de végane sur le délicieux gluten de blé en pâte que Lou déteste tant manger.

Elle — Ha ha ha ! Elle va vraiment mériter ses Frooutes Looupes demain, la pauvre chouette.

Moi — En plus, ce n’est pas Jésus à la dernière Cène, mais un détail d’un tableau de Jacques-Louis David intitulé La Mort de Socrate. La coupe contient le poison qu’il s’apprête à boire…

Elle — … qui, comme on le sait, est constitué de sex toys liquéfiés

Moi — Exactement. J’ai cousu ce patch-là en l’honneur de mes études en philo qui m’ont surtout apporté une dette que j’ai pris douze ans à rembourser.

Elle — Les prêts étudiants, c’est ça la vraie ciguë.

Moi — Je te le fais pas dire, chérie. Finalement, ce n’est pas la Vierge Marie, mais un détail d’une sculpture de Gian Lorenzo Bernini qui représente la transverbération de Thérèse d’Avila.

Elle — On dirait qu’elle est en train d’avoir un orgasme.

Moi — Elle est au sommet de l’extase, parce qu’elle se fait transpercer le cœur par un ange jeune, beau et chatoyant. Bref, c’est tout comme.

Elle — Et pourquoi elle se retrouve sous forme de patch sur ton sac ?

Moi — Parce que je suis fascinée depuis toujours par le mysticisme. Parce que même si je suis une athée hardcore, j’ai aussi eu des expériences mystiques.

Elle — Voyons donc. Tu parles d’un coming out !

Moi — Dans l’une d’elles, j’ai demandé à Dieu s’il existait et il m’a répondu « non ».

Elle — Ha ! Beau paradoxe !

Moi — Je te raconterai, un jour.

Elle — Le patch sur le fascisme, ça va de soi quand on te connaît. Celui avec Christophe Colomb, par contre…

Moi — C’est pour me rappeler que je ne suis qu’une invitée qui s’est imposée par les hasards de l’histoire et de la génétique sur des terres non-concédées appartenant aux peuples de Turtle Island.

Elle — Ah.

Moi — En plus, Colomb était un sale type, imbécile et génocidaire, alors c’est bon de le garder en mémoire.

Elle — Ma préférée reste le symbole de l’anarchie sur un cœur noir.

Moi — Oui ! D’abord parce que je suis anar…

Elle — Ça va de soi.

Moi — … Ensuite pour l’anarchie du cœur – l’anarchie relationnelle.

Elle — En tout cas, le résultat est vraiment chouette. Tu vas faire fureur dans le bus et à l’épicerie avec ce truc.

Moi — Et c’est loin d’être fini. J’attends encore qu’on me livre un patche avec le drapeau de l’espéranto et un autre qui dit « ACAB – All Cats Are Beautiful ».

Elle — Nihiliste, anarcha-féministe, polyamoureuse, queer, crazy cat lady, végane, anti-colonialiste, philosophe endettée, mystique, espérantiste, antifa… ça fait beaucoup d’étiquettes pour une seule-personne.

Moi — Il ne me manque qu’un dernier patch – un pour les récuser tous et être véritablement moi-même.

Elle — Ah ?

Moi — Oui. Je n’ai pas encore trouvé LE patch, celui qui fait fuir tous les fantômes – le patch de Max Stirner.

Elle — Qui sait ? Peut-être une charmante lectrice ou un charmant lecteur va cliquer sur le lien « L’auteure » au haut de cet écran pour te contacter et t’en offrir un.

Moi — Hey ! Tu n’as pas le droit de dire ça ! Tu abats le quatrième mur !

Elle — Wink-wink, nudge-nudge.

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